15 novembre 2016

Tout s'explique

La Turquie durcit le ton et s’éloigne de l’Europe

Que fait l’Europe face à la répression en Turquie ?

Réunis hier à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères ont renouvelé leurs préoccupations face aux atteintes répétées à l’État de droit en Turquie depuis le coup d’État avorté du 15 juillet. L’Europe n’a toutefois pris aucune mesure de rétorsion depuis le début de la purge menée par les autorités turques. L’UE rejette la répression du régime à l’égard des opposants d’Erdogan, mais elle a besoin de la Turquie pour contenir le flux de réfugiés en provenance du Proche-Orient. Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu s’est dit aujourd’hui « exaspéré » par la condescendance des dirigeants européens. Les dirigeants européens ont fait savoir à la Turquie qu’un rétablissement de la peine de mort empêcherait toute adhésion à l’UE.

Où en est la reprise en main du pays par Erdogan ?

Plus de 110 000 personnes, dont des militaires, des fonctionnaires, des professeurs et des juges, ont été renvoyées ou suspendues de leurs fonctions depuis la tentative avortée de coup d’État du 15 juillet, selon le rapport d’une parlementaire de l’opposition. La police a procédé à 36 000 arrestations de personnes soupçonnées de liens avec le prédicateur Fethullah Gülen, ancien mentor du président Recep Tayyip Erdogan devenu son principal opposant. Le chef de l’État a réaffirmé hier qu’il soutenait le rétablissement de la peine de mort en Turquie et qu’elle pourrait faire l’objet d’un référendum, 12 ans après son abolition. Il avait déjà évoqué la peine capitale deux jours après le coup d’État.

Où en est la liberté de la presse ?

Le régime vise particulièrement les médias et les journalistes depuis juillet. Vendredi, Akin Atalay, président du directoire du quotidien d’opposition Cumhuriyet, a été placé en garde à vue, quelques jours après l’incarcération du rédacteur en chef et de plusieurs collaborateurs du journal. Le journaliste français Olivier Bertrand a quant à lui été libéré dimanche après avoir été retenu pendant trois jours. Selon l’agence de presse progouvernementale Anadolu, il n’avait pas demandé les accréditations nécessaires auprès des autorités. Le journaliste du site Les Jours raconte qu’il ne s’est pas vu notifier d’infraction pendant sa détention et estime que le défaut d’accréditation est un prétexte.