19 novembre 2016

On revient au début

L’Amérique extrême

L’ancien homme d’affaires Steve Bannon, représentant de la droite dure américaine, a été nommé « haut conseiller et chef de la stratégie » de Donald Trump. Quelle est l’histoire de l’extrême droite américaine ? Comment ses partisans se manifestent-ils ? Quelles sont leurs cibles privilégiées ?

Quels sont les premiers combats de l’extrême droite américaine ?

À la fin de la guerre de Sécession, des milices se forment dans le sud des États-Unis. Elles n’acceptent pas la victoire du Nord abolitionniste. Le Ku Klux Klan (KKK), un groupe suprémaciste blanc (revendiquant la domination des Blancs), est fondé en 1865 par d’anciens officiers sudistes. C’est également l’année de l’assassinat du président Abraham Lincoln par un suprémaciste. Les tensions s’apaisent en 1877 quand le sud des États-Unis obtient l’autorisation de pratiquer la ségrégation raciale. Celle-ci se manifeste par une interdiction aux Noirs d’accéder à certains lieux, établissements scolaires, transports publics, etc.

Comment le Ku Klux Klan a-t-il évolué ?

Au début du XXe siècle, il défend toujours la suprématie blanche, mais ajoute à sa doctrine le rejet de toute personne non protestante. Il recrute tous les Américains qui se prétendent « authentiques », souhaitant combattre les nouvelles tendances de la société (libération des mœurs, féminisme, communisme, etc.). Au cours des années 1920, il compte environ cinq millions de membres et organise des parades à Washington. La multiplication des actes violents (lynchages, meurtres) pousse le gouvernement à l’interdire en 1928. Le KKK se disperse alors en dizaines de groupuscules à travers le pays.

Comment l’extrême droite est-elle entrée au Parti républicain ?

L’extrême droite propage ses idées au sein du Parti républicain à partir du milieu des années 1960, alors que l’Amérique s’engage dans une politique de déségrégation. Le Républicain Barry Goldwater perd lors de l’élection présidentielle de 1964, mais ses idées ultraconservatrices imprègnent le parti. Il s’oppose à la fin de la ségrégation raciale et milite pour un rôle minimal de l’État, mais un pouvoir renforcé de l’armée. Ce courant reste minoritaire au moment de l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison-Blanche en 1981. Celui-ci baisse les aides aux plus pauvres, mais ne remet pas en cause le rôle de l’État. Une droite alternative (« alt-right »), opposée à l’intervention de l’État, se développe alors dans le parti.

Quel est l’élément fondateur de l’extrême droite contemporaine ?

Le siège de Waco en 1993, au Texas, cristallise plusieurs courants de l’extrême droite. 86 personnes, dont 18 enfants, meurent dans l’assaut du FBI contre une propriété détenue par une secte. L’ordre est donné par le président Bill Clinton, renforçant auprès des plus fanatiques la haine à son égard, et plus tard pour sa femme Hillary. La décision est prise après la découverte d’armes dans la propriété, suscitant la colère des pro-armes. Le gouvernement assure que les occupants se sont tous suicidés, mais les extrémistes mettent en doute la version des autorités.

Quelles ont été ses actions les plus violentes ?

Deux ans jour pour jour après Waco, un camion piégé explose en 1995 devant un bâtiment d’Oklahoma City regroupant plusieurs services fédéraux. 168 personnes sont tuées et près de 700 sont blessées. C’est l’attentat le plus meurtrier sur le sol américain derrière le 11-Septembre. Il est commis par Timothy McVeigh, un vétéran de la première guerre du Golfe sympathisant d’un groupuscule paramilitaire et libertarien. Il justifie son geste par la politique restrictive d’accès aux armes. Depuis cet événement, 27 attaques à caractère raciste et antigouvernemental ont touché les États-Unis. Elles ont tué 228 personnes.

Ses partisans sont-ils surveillés par les autorités ?

Au même titre que les activités liées à l’islam radical, l’extrême droite est surveillée par le service de renseignement du FBI. Stéphane François, chercheur au CNRS, spécialiste de l’extrême droite américaine, explique dans L’Express que les forces de l’ordre laissent globalement ces groupuscules agir tant qu’ils ne s’engagent pas dans des actions violentes. La Constitution américaine défend strictement la liberté d’opinion, même si celle-ci est extrême. La plupart des exactions sont commises par des déséquilibrés solitaires, plus difficiles à repérer.

Pourquoi son influence a-t-elle diminué sous George W. Bush ?

George W. Bush a abrogé en 2004 une loi interdisant les fusils d’assaut votée sous Bill Clinton et appliqué une politique plus favorable à leurs revendications. Le gouvernement baisse aussi les impôts. « Ces groupuscules se sentent donc d’une certaine manière représentés politiquement », analyse sur Franceinfo Thomas Snégaroff, historien et spécialiste des États-Unis. Ils reprennent de l’activité avec l’élection de Barack Obama. Selon le Southern Poverty Law Center, une ONG américaine spécialisée dans les mouvements d’extrême droite, le nombre de groupes antigouvernement a été multiplié par cinq depuis 2008 (998 recensés).

Comment cette mouvance s’exprime-t-elle sur Internet ?

Depuis la fin des années 2000, des courants politiques racistes, antiféministes et antigouvernement se développent sur des forums internet sans modération comme 4chan, puis 8chan. Ils puisent leur idéologie dans divers mouvements réactionnaires allant du Tea Party au suprémacisme blanc. Ils revendiquent la défense d’une identité blanche américaine qui serait en danger. Le site Breitbart News, créé en 2007 par l’auteur Andrew Breitbart, en est la principale vitrine. Il a attiré 37 millions de visiteurs uniques en octobre.

Pourquoi Trump est-il associé à ce mouvement ?

Le futur président américain fait siennes certaines des préoccupations de l’« alt-right » : renforcement des frontières, fin de l’ingérence américaine dans les relations diplomatiques, dénonciation d’une immigration qui répandrait la violence et soutien économique aux entreprises américaines produisant sur le sol national. Il a également choisi pour diriger sa campagne, puis le conseiller à la Maison-Blanche, une personnalité se revendiquant de cette droite ultraconservatrice, Steve Bannon, patron de Breitbart News.