23 novembre 2016

Tout s'explique

L’Autorité de sûreté nucléaire s’inquiète de la sécurité des installations

Qu’a annoncé son président ?

Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) Pierre-Franck Chevet a déclaré hier soir dans Le Figaro que la situation du parc français était « préoccupante ». L’ASN mène depuis l’année dernière une vaste campagne d’inspection. Actuellement, 12 réacteurs sont à l’arrêt ou vont prochainement l’être après la découverte de concentrations de carbone susceptibles de les fragiliser. Pierre-Franck Chevet estime que ces 12 réacteurs seront opérationnels d’ici un mois dans le meilleur des cas et n’atteindront pas leur pleine puissance avant janvier. RTE, l’entreprise qui assure le transport d’électricité haute tension, a prévenu le 8 novembre que des coupures de courant ne sont pas à exclure, en cas de très basses températures, si le parc ne retrouve pas sa capacité de l’hiver dernier. La France dépend des 58 réacteurs français d’EDF pour 75 % de ses besoins en électricité.

Pourquoi rend-il cet avis public ?

Ce n’est pas la première fois que Pierre-Franck Chevet s’alarme de la sûreté nucléaire française. En avril, il avait reproché à l’État de ne pas lui avoir accordé les moyens supplémentaires qu’il estime nécessaires pour affronter une éventuelle prolongation de la vie des centrales ainsi que les surcoûts et les retards liés notamment à la construction de l’EPR, le réacteur de nouvelle génération plus puissant, à Flamanville. Fin 2014, l’ASN avait estimé à 200 le nombre de postes supplémentaires nécessaires. Elle n’en a obtenu que 30. La filière nucléaire compte sur l’aide de l’État alors qu’elle connaît dans son ensemble une période difficile, à l’image des problèmes techniques et financiers que rencontrent les industriels Areva et EDF.

Où en est le chantier de l’EPR de Flamanville ?

EDF a assuré la semaine dernière que l’EPR de Flamanville (Manche), initialement prévu pour 2012, entrerait en service fin 2018. L’entreprise en estime le coût à 10 milliards d’euros, soit trois fois plus que l’évaluation d’origine. L’Autorité de sûreté nucléaire sera responsable des tests de conformité qui commenceront début 2017. Elle devra se montrer vigilante, car des concentrations excessives de carbone ont aussi été décelées sur le chantier de Flamanville en 2014. La réussite de ce programme est cruciale pour l’entreprise publique qui doit exporter deux réacteurs EPR au Royaume-Uni, mais aussi utiliser cette technologie pour remplacer le parc français existant.