10 janvier 2017

Tout s'explique

Des dizaines de milliers de Rohingyas fuient la Birmanie

Quelle est l’ampleur de la crise que traversent les Rohingyas ?

La semaine dernière, 22 000 membres de la minorité rohingya ont fui la Birmanie vers le Bangladesh, a annoncé hier le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Selon ses décomptes, le nombre total de réfugiés rohingyas « dans des camps répertoriés, des campements de fortune ou des centres d’accueil » a atteint 65 000 personnes. Ces déplacés décrivent des viols, des meurtres et des tortures commis par l’armée birmane. La dernière vague de répression a débuté après l’attaque d’un poste-frontière birman par un groupuscule armé rohingya, le 9 octobre.

Pourquoi sont-ils persécutés ?

Les Rohingyas sont un groupe ethnique musulman, dans un pays à majorité bouddhiste. Ils sont principalement installés dans l’État d’Arakan, dans le sud-ouest. Ils font face depuis plusieurs décennies à des discriminations et des persécutions en raison de leurs différences d’origines, de religion et de langue : les violences accompagnant une campagne de recensement dans la région ont conduit 200 000 d’entre eux à fuir le pays en 1978, puis l’enrôlement d’une partie de la population dans des travaux forcés a mené à un second exode de 1991 à 1992. En 1982, une loi leur a retiré la citoyenneté birmane. Officiellement apatrides, ils n’ont pas accès au marché du travail et ne peuvent pas se marier ni étudier.

Comment réagissent Aung San Suu Kyi et le gouvernement birman ?

Fin décembre, 11 prix Nobel de la paix ont demandé à l’ONU d’intervenir, dénonçant « une tragédie humaine qui s’apparente à un nettoyage ethnique ». Ils reprochent son inaction à la prix Nobel de la paix 1991 Aung San Suu Kyi qui dirige de facto le pays depuis les premières élections démocratiques organisées en 2015. Chercheur spécialiste du sous-continent indien, Olivier Guillard explique que ses marges de manœuvre sont limitées par « un cadre politique où le poids et l’autorité de l’armée demeurent considérables », d’autant que les hostilités se poursuivent avec des groupes rebelles dans d’autres régions. Pour la première fois, le gouvernement birman a annoncé la semaine dernière l’arrestation de plusieurs policiers après la diffusion d’une vidéo les montrant en train de frapper des Rohingyas.