28 janvier 2017

On revient au début

Le nouveau rôle de la Chine dans le commerce international

Tandis que Donald Trump a ordonné le retrait des États-Unis d’un traité commercial transpacifique, la Chine a appelé mardi à la mise en place de zones de libre-échange alternatives. Le 17 janvier, à Davos, le président chinois Xi Jinping se posait en défenseur de la mondialisation. Comment la Chine s’est-elle ouverte au commerce international ? Quelle est la réalité des délocalisations ? Nourrit-elle de nouvelles ambitions avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump ?

Depuis quand la Chine s’est-elle ouverte au commerce international ?

Après avoir ouvert ses frontières au XIXe siècle sous l’influence des puissances coloniales occidentales, qui imposent comptoirs et traités défavorables à la Chine, le pays se referme lors de la fondation de la République populaire par Mao Zedong en 1949. Celui-ci instaure une politique de nationalisation de l’économie. À la fin des années 1970, la Chine entame une politique d’ouverture avec l’Occident et adopte un nouveau modèle appelé « économie socialiste de marché » : le commerce avec l’étranger est autorisé, sous contrôle politique étroit.

Comment s’est décidée son entrée dans l’OMC ?

Forte d’une croissance qui avoisine les 10 % à partir des années 1980, la Chine devient progressivement une puissance exportatrice et aspire à rejoindre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour favoriser ses échanges commerciaux. Appuyée par les États-Unis, qui voient là l’occasion de faire du pays un allié et d’exporter ses produits vers ce vaste marché, la Chine intègre l’OMC en 2001. Elle bénéficie alors de droits de douane plus favorables avec les pays membres et baisse les siens.

Quelle est sa place dans l’économie mondiale ?

En 2013, la Chine prend aux États-Unis la place de première puissance commerciale mondiale. Son économie ralentit en 2016 : son excédent commercial est en recul de 9 %, mais atteint tout de même 510 milliards de dollars. La Chine exporte surtout des produits manufacturés tels que des systèmes de traitement de données, des équipements audiovisuels ou des téléphones ainsi que des produits textiles, tissus et vêtements et des produits chimiques ou pharmacologiques.

Quels sont les traités de libre-échange dans lesquels elle est engagée ?

La Chine est signataire de 14 accords de libre-échange, qui concernent 22 pays et territoires. Pékin a noué des traités bilatéraux avec le Chili, le Pakistan, le Pérou, le Costa Rica ou la Corée du Sud. La Nouvelle-Zélande a été le premier pays industrialisé à signer un accord de libre-échange avec la Chine, en 2008, et l’Islande, le premier pays européen, en 2014. Ratifié dans son intégralité en 2010, l’accord de libre-échange Chine-ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) est son seul accord multilatéral à ce jour.

Quel est l’impact des délocalisations en Chine sur l’économie française ?

Une délocalisation est le transfert à l’étranger d’une activité de production. L’entreprise mise alors généralement sur une baisse des salaires et des coûts. Une étude réalisée par l’Insee sur les délocalisations en 2012 relativise leur poids dans l’économie française. Entre 2009 et 2011, 4,2 % des sociétés de plus de 50 salariés ont délocalisé des activités et seules 18 % d’entre elles l’ont fait en Chine (également 18 % pour l’Inde). L’étude souligne plusieurs obstacles : l’incertitude sur la qualité de la production, le besoin de proximité avec les clients, le risque de non-respect de la propriété intellectuelle. Plus de la moitié des entreprises ayant transféré des activités à l’étranger l’ont fait au sein de l’Union européenne.

Comment l’arrivée au pouvoir de Donald Trump modifie-t-elle les relations entre les États-Unis et la Chine ?

Durant sa campagne pour l’élection présidentielle américaine, Donald Trump a plusieurs fois fait connaître ses différends avec la Chine, accusée de « voler » le travail des Américains. Il a même menacé d’instaurer une taxe de 45 % sur les importations chinoises. Face au protectionnisme affiché par le président des États-Unis, le président chinois Xi Jinping a choisi de louer les mérites de la mondialisation lors du Forum économique mondial de Davos le 17 janvier : « Nous devons rester attachés au développement du libre-échange ». « Personne n’émergera vainqueur d’une guerre commerciale », a-t-il ajouté.

Quelles sont les conséquences pour Pékin de la sortie des États-Unis du traité transpacifique?

Donald Trump a signé lundi un décret ordonnant le retrait des États-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP). Cet accord signé en février 2016, mais pas encore ratifié, rassemble 12 pays, dont l’Australie, le Canada et le Japon, mais pas la Chine. Le gouvernement australien a déclaré avoir des « discussions actives » avec d’autres parties prenantes du traité pour le sauver, envisageant de se tourner vers la Chine. « Pour la Chine, c’est une bonne nouvelle, assure à Libération Mary-Françoise Renard, économiste à l’université Clermont-Auvergne. Le traité avait été conçu par Obama avec la volonté d’en écarter Pékin et de contrebalancer sa présence dans la région. »

Quels nouveaux partenariats entend-elle développer ?

La Chine s’est engagée mardi à « promouvoir l’intégration économique en Asie-Pacifique et à accélérer les négociations » sur deux zones de libre-échange régionales. Les discussions autour de la Zone de libre-échange Asie-Pacifique ont été lancées en 2006 entre la Chine et les 20 autres pays membres de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique, qui inclut le Canada, la Russie et le Mexique. La Chine a également initié le Partenariat économique intégral régional en 2012 avec les 10 pays membres de l’Association des nations du Sud-Est asiatique et six autres pays, soit un cadre à peu près similaire au TPP.