4 février 2017

On revient au début

L’immigration aux États-Unis

Un décret présidentiel de Donald Trump interdit l’immigration en provenance de sept pays musulmans depuis la semaine dernière. « Nous sommes et serons toujours une nation d’immigrants », avait déclaré Barack Obama en novembre 2014. Quand l’immigration vers les États-Unis a-t-elle culminé ? Comment a évolué la politique migratoire ? Quelles ont été les principales restrictions adoptées dans l’histoire du pays ?

Quelles sont les premières grandes vagues d’immigration ?

Les États-Unis se sont peuplés progressivement grâce à l’immigration, qui commence au XVIe siècle avec l’installation des premiers colons européens. 388 000 esclaves d’Afrique y seront déportés du XVIIe au XIXe siècle. En 1863, le président républicain Abraham Lincoln encourage l’immigration y voyant une « source de richesse nationale » et la réponse aux besoins de travailleurs dans les champs et les mines. À la fin du XIXe siècle, de nombreux Européens affluent vers le Nouveau Monde, poussés par les persécutions antisémites en Russie et les famines. L’immigration culmine au début du XXe siècle. Plus d’un million de migrants par an arrivent aux États-Unis entre 1900 et 1910. Nombre d’entre eux transitent par Ellis Island, une petite île au large de New York, où un centre a été créé en 1892 pour les filtrer. 12 millions d’immigrés franchissent cette « porte des États-Unis » jusqu’à sa fermeture en 1954.

Quand ont été appliquées les premières restrictions ?

La ruée vers l’or et la construction du chemin de fer transcontinental, au XIXe siècle, attirent sur la côte ouest les premiers migrants asiatiques, dont 230 000 Chinois. Ils représentent rapidement un travailleur sur cinq en Californie. Un mouvement antichinois se développe alors dans cet État. En 1882, la Loi d’exclusion des Chinois suspend leur admission sur le territoire américain. Elle ne sera abrogée qu’en 1943. Cette première loi qui discrimine des individus selon leur origine sera suivie en 1924 d’une mesure similaire affectant les Japonais.

Comment a évolué la politique migratoire ?

En 1911, une commission parlementaire sur l’immigration s’inquiète des conséquences de l’afflux massif de migrants d’Europe du Sud (Italiens notamment) et de l’Est. Des quotas par nationalité sont instaurés en 1921 pour favoriser une immigration anglo-saxonne, blanche, protestante. En 1924, le nombre total d’immigrés autorisés à venir aux États-Unis est plafonné à 150 000 par an. L’exclusion des Chinois et des Japonais est étendue à tous les Asiatiques. Les États-Unis deviennent également moins attractifs avec la crise de 1929 et la Grande Dépression des années 1930.

Pourquoi le président démocrate Johnson relance-t-il l’immigration en 1965 ?

Influencé par le Mouvement des droits civiques (contre les discriminations au sein de la population), le Parti démocrate remet en cause dans les années 1960 les restrictions fondées sur les origines. Signé symboliquement en 1965 par Lyndon Johnson devant la Statue de la Liberté, le Hart-Cellar Act abolit les quotas d’immigration par nationalité, augmente le plafond de nouveaux arrivants acceptés à 290 000 et se focalise sur les compétences et les liens familiaux : les bases de la législation actuelle sont posées. Les admissions sur le sol américain triplent. Les nouveaux arrivants ne viennent plus en majorité d’Europe, mais d’Asie et d’Amérique latine.

Le 11-Septembre a-t-il freiné l’immigration?

Une politique sécuritaire avec des contrôles renforcés aux frontières est mise en œuvre au lendemain des attentats du 11-Septembre. Washington gèle le programme d’admission de réfugiés pendant trois mois. La part dans la population américaine de personnes n’étant pas nées avec la nationalité américaine ne cesse pourtant de croître. De 11,1 % en 2000, elle s’établit à 13,3 % en 2014, soit 42,4 millions de personnes, d’après le Département de la sécurité intérieure des États-Unis. 800 000 réfugiés ont rejoint le pays depuis le 11-Septembre.

Quel était le régime spécial accordé aux Cubains ?

Les Cubains qui ont réussi à atteindre le sol américain sont autorisés à y rester à partir de 1966 : Washington les considère comme des réfugiés ayant fui le régime communiste instauré en 1959. Plusieurs centaines de milliers de Cubains s’exilent. À l’été 1994, 37 000 d’entre eux se jettent dans des embarcations de fortune pour gagner la Floride. Après cette crise, Bill Clinton s’engage vis-à-vis de Fidel Castro à rapatrier vers l’île les migrants illégaux interceptés en mer. Seuls ceux qui ont foulé le sol américain peuvent y rester. La normalisation des relations avec Cuba conduit Barack Obama à abroger cette loi surnommée « pied sec, pied mouillé » le 12 janvier, à la fin de son mandat. Les Cubains qui tentent d’entrer illégalement aux États-Unis sont désormais expulsés vers leur pays.

D’où viennent les immigrés les plus nombreux aux États-Unis ?

Les Mexicains ont commencé à émigrer aux États-Unis dans les années 1920 en quête de travail. Ils constituent la plus grande communauté immigrée depuis les années 1980. En 2014, ils sont plus de 11,7 millions à vivre aux États-Unis, soit plus d’un quart de l’ensemble des immigrés dans le pays. L’immigration mexicaine a néanmoins fortement ralenti ces dernières années. Les Mexicains sont aussi les immigrants illégaux les plus nombreux : sur quelque 11,1 millions de sans-papiers aux États-Unis, environ 5,8 millions sont mexicains d’après une estimation du centre de recherche Pew. Donald Trump a réaffirmé en janvier sa promesse de campagne de bâtir un mur sur l’ensemble de la frontière au sud du pays, longue de 3 200 kilomètres, actuellement partiellement clôturée. Il souhaite obliger le Mexique à en assumer le coût, estimé entre 10 et 20 milliards de dollars.

Comment les immigrés peuvent-ils obtenir la nationalité américaine ?

La procédure de naturalisation ne peut être lancée que si l’on est résident permanent depuis au moins cinq ans. La première étape consiste donc à obtenir le titre de résident permanent plus connu sous le nom de « carte verte ». Pour obtenir celle-ci, il faut qu’un employeur fasse une démarche dans ce sens. Une autre possibilité est d’être réfugié ou demandeur d’asile ou encore d’avoir un parent dans le pays. On peut aussi participer à une loterie annuelle. La liste des pays éligibles change chaque année, en fonction de la politique des États-Unis et du nombre de visas par pays déjà accordés. Le candidat à la naturalisation doit passer un entretien et des tests permettant de vérifier son niveau d’anglais et ses connaissances de l’histoire des États-Unis et enfin prêter serment s’il est admis. La nationalité américaine peut également s’acquérir par le droit du sol, en naissant dans le pays.

Qu’a décidé Donald Trump en matière d’immigration ?

Après une semaine à la Maison-Blanche, Donald Trump a signé le 27 janvier un décret présidentiel qui suspend pour 90 jours l’admission sur le sol américain des ressortissants de sept pays musulmans, considérés comme des viviers du terrorisme : l’Iran, l’Irak, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et le Yémen. L’accueil de réfugiés est suspendu pour 120 jours et pour une durée indéfinie en ce qui concerne les Syriens. Donald Trump a aussi réduit l’objectif fixé par Barack Obama d’accueillir 110 000 réfugiés pour l’année budgétaire en cours, d’octobre 2016 à septembre 2017 : il n’en acceptera pas plus de 50 000.