16 février 2017

Tout s’explique

Emmanuel Macron rallume le débat sur la colonisation

Qu’a dit précisément Emmanuel Macron au sujet de la colonisation ?

Plusieurs responsables de droite et du Front national ont critiqué le candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron pour avoir qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » dans un entretien mardi avec une chaîne de télévision algérienne. François Fillon a jugé hier soir « indigne d’un candidat à la présidence de la République » cette « détestation de notre histoire ». Emmanuel Macron était interrogé sur ses propos tenus en novembre dans Le Point dans lesquels il faisait un constat double : « la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes ». Il a prôné hier ce qu’il appelle un « chemin de crête », qualifiant la colonisation de « vraie barbarie », mais sans tomber « dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien ».

Comment les présidents de la République récents l’ont-ils qualifiée ?

« La colonisation fait partie d’un passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses », a également déclaré Emmanuel Macron. Les présidents français ont jusqu’ici refusé un tel geste. En décembre 2007 à Constantine, Nicolas Sarkozy a tout de même condamné un système colonial « injuste par nature » qui « ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ». En 2012, quelques mois après son élection, François Hollande en visite à Alger a dit reconnaître « les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien », sans pour autant « faire repentance ». Pour la première fois en 2015, un membre du gouvernement français (le secrétaire d’État chargé des Anciens combattants) a participé à Sétif à la commémoration du massacre de milliers d’Algériens en 1945, passé sous silence jusqu’en 2005 par la France.

La polémique sur la colonisation « positive » est-elle nouvelle ?

Le Parlement a voté en février 2005 une loi exprimant la « reconnaissance » de la Nation pour « l’œuvre accomplie par la France » dans ses anciennes possessions coloniales et pour « les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés ». Un article ajouté à l’issue des débats à l’Assemblée nationale demandait que les programmes scolaires soulignent « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Contesté par la gauche, par de nombreux historiens puis par le Premier ministre de l’époque Dominique de Villepin, cet article a été finalement retiré par décret un an plus tard.