18 février 2017

On revient au début

Les relations entre les États-Unis et Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche mercredi pour la première fois depuis l’investiture du président américain. Ce dernier s’est montré jusqu’ici plus favorable au gouvernement israélien que son prédécesseur. Pourquoi les États-Unis ont-ils une grande influence sur la politique israélienne ? Quels efforts de paix ont-ils mené dans la région ? Pourquoi les relations israélo-américaines se sont-elles dégradées sous la présidence Obama ?

Depuis quand les États-Unis sont-ils impliqués dans la politique israélienne ?

Le soutien des États-Unis à la création d’un État juif remonte à la déclaration Balfour de 1917 : dans une lettre, publiée dans le Times, le chef de la diplomatie britannique Arthur Balfour se déclare favorable à « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». Le président américain Woodrow Wilson y souscrit. Les États-Unis sont le premier pays à reconnaître l’État d’Israël, dès sa proclamation officielle le 14 mai 1948. Celle-ci intervient six mois après le vote du plan de partage de la Palestine par l’ONU pour lequel le président Harry Truman s’était engagé.

Par quels moyens soutiennent-ils l’État hébreu ?

Les États-Unis, sous la présidence de Dwight Eisenhower (1953-1961), prennent des mesures de soutien financier. Le pays vend des armes à Israël à partir de 1962. En 1981, les États-Unis et Israël signent un accord de coopération stratégique. Les services de renseignement des deux pays coopèrent aussi par la mise en commun d’informations. En 2016, les États-Unis s’engagent à fournir à Israël une aide de 38 milliards de dollars au cours de la décennie 2019-2028, soit le « plus grand engagement d’aide militaire bilatérale dans l’histoire des États-Unis », d’après le département d’État américain.

Quel rôle joue la communauté juive américaine ?

Dès le XIXe siècle, les États-Unis sont l’une des principales terres d’accueil de la diaspora juive. En 2013, la communauté juive y est estimée à 6,7 millions de personnes, soit 2 % de la population américaine. Les États-Unis comptent plusieurs lobbys pro-israéliens, comme l’American Israel Public Affairs Committee, créé en 1951, qui compte 100 000 membres et dispose d’un budget annuel d’environ 70 millions de dollars. Depuis les années 1920, le vote de la communauté juive est acquis en majorité aux Démocrates. Tout candidat sait que ce vote « sera essentiel à son élection et à ses soutiens financiers », résume l’historien spécialiste des États-Unis Romain Huret, interrogé par France Culture. En novembre, 71 % des juifs américains ont voté pour Hillary Clinton, d’après le centre d’études Pew Research Center.

Quels efforts de paix les États-Unis ont-ils menés dans la région ?

Le président Jimmy Carter est le premier à s’engager dans la voie d’un processus de paix. En 1978, il parvient à la signature, avec les Premiers ministres israélien et égyptien, des accords de Camp David. Ceux-ci instaurent un traité de paix ainsi que les bases de futures négociations sur l’autonomie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, qui n’aboutissent pas. Les États-Unis, en partenariat avec l’URSS, ouvrent en 1991 la conférence pour la paix au Moyen-Orient à Madrid, où s’amorcent les négociations secrètes conduisant aux accords d’Oslo de 1993. Ils prévoient la reconnaissance d’une autorité palestinienne par Israël pour une période de cinq ans censée permettre la négociation d’un accord permanent. Celui-ci ne voit pas le jour et les États-Unis mènent d’autres pourparlers, sans parvenir à la signature d’un nouvel accord.

À quelles occasions se sont-ils opposés à Israël ?

À plusieurs reprises cependant, les États-Unis freinent leur soutien envers Israël. En 1975, ils somment l’État hébreu de se retirer de la péninsule du Sinaï, occupée depuis la guerre des Six Jours en 1967, mais le pays s’y refuse en l’absence d’un accord de paix global avec l’Égypte. Les Américains suspendent alors leurs livraisons d’armes, avant que les accords de Camp David ne mettent fin à cette crise. L’arrestation en 1985 de Jonathan Pollard, analyste de la marine américaine et espion israélien, refroidit à nouveau les relations entre les deux pays. Celles-ci s’améliorent peu après, Israël promettant de mettre un terme à ses activités d’espionnage sur le sol américain.

Pourquoi les relations israélo-américaines se sont-elles dégradées sous la présidence Obama ?

Lors de son arrivée à la Maison-Blanche en 2009, Barack Obama fait de la reprise du processus de paix israélo-palestinien l’une de ses priorités. Les relations avec Israël se dégradent pourtant dès 2010. Tandis que le vice-président Joe Biden se rend dans le pays pour relancer les pourparlers, Israël autorise la construction de nouveaux logements dans une colonie de Jérusalem-Est, sapant la reprise des négociations. Lors de la campagne présidentielle de 2012, Benjamin Netanyahou soutient le rival de Barack Obama, Mitt Romney. Il intervient en mars 2015 devant le Congrès américain pour fustiger l’accord sur le nucléaire négocié par Obama avec l’Iran, un pays qui ne reconnaît pas l’État d’Israël et dont le guide suprême Ali Khamenei a souhaité plusieurs fois publiquement la disparition.

Quelle répercussion a eu l’abstention des États-Unis lors du Conseil de sécurité en décembre ?

Le 23 décembre, les États-Unis se sont abstenus lors du vote d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU réclamant l’arrêt de la colonisation israélienne, permettant ainsi qu’elle soit adoptée. Le gouvernement israélien a aussitôt déclaré qu’il ne respecterait pas cette décision. Depuis 1967, les États-Unis avaient utilisé leur droit de veto à 51 reprises pour s’opposer aux résolutions portant sur le conflit israélo-palestinien. Barack Obama lui-même avait opté pour un veto en 2011 sur la même question. Il a néanmoins changé de stratégie avec la dégradation des relations entre les deux pays. Cette abstention a également été motivée par la volonté de contrebalancer le large soutien à la politique du gouvernement israélien que Donald Trump promettait d’offrir dès son arrivée à la Maison-Blanche.

Quelle est la position de Donald Trump vis-à-vis d’Israël ?

Lors de la visite de Benjamin Netanyahou aux États-Unis mercredi, le nouveau président américain a pris ses distances avec la solution à deux États – un État israélien, un État palestinien – officiellement soutenue par les présidents américains depuis George W. Bush en 2002 pour la résolution du conflit israélo-palestinien. Donald Trump n’a toutefois pas tranché la question : « Je vois une solution à deux États, je vois une solution à un État, moi j’aime celle qui convient aux deux parties. » Le président américain a demandé au Premier ministre israélien de « faire preuve de retenue pendant un moment » sur la colonisation et assuré que la paix passait par des « compromis ».