25 février 2017

On revient au début

L’Otan, de la reconversion à la remise en cause

Après les critiques de Donald Trump estimant que l’Otan était devenue une organisation « obsolète », le vice-président Mike Pence a déclaré samedi dernier que les États-Unis seraient « inébranlables » dans leur engagement envers l’Alliance atlantique. Pourquoi l’Otan a-t-elle été créée ? Quelles ont été les relations de la France avec cette organisation ? À quoi sert-elle depuis la fin de la Guerre froide ?

Dans quel contexte l’Otan a-t-elle été créée ?

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord est née au début de la Guerre froide. Face au rôle croissant de l’URSS en Europe de l’Est, de la prise de contrôle de la Tchécoslovaquie au blocus de Berlin en 1948, 12 pays (Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni) décident de s’allier. Le 4 avril 1949, ils signent à Washington le traité de l’Atlantique Nord qui pose les bases de l’Otan et formule le principe d’une défense collective : une attaque contre l’un des membres sera considérée comme une attaque contre tous, qui s’engageront alors pour sa protection.

Quel est son rôle depuis la fin de la Guerre froide ?

Après la chute de l’URSS en 1991, l’alliance militaire ne va plus de soi. Les États européens souhaitent pourtant le maintien de troupes américaines sur le continent où elles sont présentes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le considérant comme une protection, tandis que les États-Unis y voient un moyen d’y maintenir leur influence. En 1991, les membres établissent de nouvelles règles : coopérer avec les anciennes républiques soviétiques d’Europe de l’Est et étendre leur devoir de sécurité à l’Europe entière. En 1999, l’Otan élargit son rôle à la prévention des conflits et à la gestion des crises, même dans des pays non membres, et définit de nouveaux risques contre lesquels lutter : terrorisme, conflits ethniques ou instabilité politique.

Quels rapports la France a-t-elle entretenus avec l’Otan ?

Membre fondateur de l’Otan en 1949, la France prend ses distances en 1966. Le général de Gaulle retire le pays du commandement intégré de l’organisation, où sont planifiées les opérations, pour « recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté ». La France maintient son engagement à prendre part à la défense collective, mais elle ne met plus de forces à disposition. Le pays continue néanmoins de collaborer pour certaines opérations. Nicolas Sarkozy revient sur cette décision en 2009 pour « codiriger plutôt que subir » l’Otan, comme il l’explique lors d’un discours devant la Fondation pour la recherche stratégique, et par désir de faire un pas pour « construire l’Europe de la défense ».

Comment est-elle financée ?

Le budget total de l’Otan s’élève à environ 2 milliards d’euros par an. Chaque membre apporte une contribution calculée à partir de son produit national brut. Troisième plus gros contributeur, derrière les États-Unis et l’Allemagne, la France a participé à hauteur de 217 millions d’euros en 2014, selon le ministère des Affaires étrangères. Chaque État met également ses forces à disposition. En 2006, les membres se sont engagés à consacrer au moins 2 % de leur PIB à leur budget défense. En 2016, seuls cinq pays respectaient cette règle. La France, elle, consacrait 1,78 % de son PIB à la défense.

Quelles sont les conditions pour en devenir membre ?

Depuis la création de l’Otan, le nombre de membres est passé de 12 à 28. L’organisation pratique la « politique de la porte ouverte », limitée aux « États européens », selon l’article 10 du traité de l’Atlantique Nord. Ce sont les membres qui proposent à d’autres pays de les rejoindre. Ceux-ci doivent accepter les engagements et obligations liés au statut de membre (démocratie, respect des libertés individuelles, État de droit, etc.). Actuellement, quatre pays sont en pourparlers : la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, le Monténégro et la Macédoine. Outre ses membres, l’Otan a également créé un réseau de 41 pays partenaires, qui s’associent librement aux activités de l’organisation.

Quelles sont les grandes opérations menées par l’Otan ?

L’Otan intervient pour la première fois militairement lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) pour faire cesser le conflit. Elle s’engage ensuite au Kosovo à partir de 1999, où sont toujours présentes des forces de l’organisation. Après les attentats du 11 septembre 2001, premier cas où le principe de défense collective est invoqué, l’Otan mène des opérations maritimes en Méditerranée pour neutraliser des groupes terroristes. Elle intervient égalementen Libye en 2011. Depuis 2015, l’Otan est engagée en Afghanistan dans une mission de formation et d’assistance à la lutte antiterroriste auprès de l’armée du pays.

Quelles sont ses relations avec la Russie ?

Dès la fin de la Guerre froide, l’Otan entame un dialogue avec la Russie. En 1997, à Paris, les deux parties signent un acte fondateur qui définit leurs relations en matière de coopération et de sécurité, dans lequel elles déclarent ne plus être adversaires. L’implication de la Russie dans le conflit ukrainien et l’annexion de la Crimée en 2014 changent la donne. L’Otan suspend sa coopération avec le pays, renforce ses capacités d’intervention rapide, crée des bases logistiques en Europe de l’Est, puis décide, en juillet 2016, de déployer quatre bataillons en Pologne et dans les pays baltes.

Quelles sont les intentions affichées par l’équipe de Donald Trump vis-à-vis de l’Otan ?

Au cours de la campagne pour l’élection présidentielle américaine, puis mi-janvier dans une interview au Times et à Bild, Donald Trump avait qualifié l’Otan d’« obsolète », remettant en question l’engagement des États-Unis, tout en se montrant désireux de nouer de nouvelles relations avec Moscou. Samedi dernier, lors de la Conférence sur la sécurité à Munich, le vice-président américain Mike Pence a voulu rassurer ses partenaires européens : « Nous serons inébranlables dans notre engagement envers l’Alliance atlantique ». Il a néanmoins affirmé que Donald Trump demandait des « progrès réels » aux États membres en matière de dépenses « d’ici fin 2017 » et qu’il souhaitait trouver des « terrains d’entente » avec la Russie.