18 mars 2017

On revient au début

Le voile entre traditions et interdictions

La Cour de justice de l’Union européenne a estimé mardi que les employeurs avaient le droit, sous certaines conditions, d’interdire à leurs salariées de porter le voile. Ce vêtement a-t-il des fondements religieux ? Comment est-il considéré dans le monde musulman ? Dans quels pays fait-il l’objet de restrictions ?

À quand remonte le port du voile ?

C’est une loi assyrienne, de la région située au nord de la Mésopotamie (sur le territoire actuel de l’Irak), qui mentionne pour la première fois le port du voile chez les femmes, vers 1 100 av. J.-C. Celle-ci impose aux femmes mariées ou veuves de porter le voile pour les distinguer des célibataires, esclaves ou prostituées. La femme ne doit alors se dévoiler que devant son mari. Dans la Grèce ou la Rome antique, les femmes mariées des classes aisées portent un voile, une pratique encore répandue au Moyen-Âge ou à la Renaissance. La première mention religieuse du voile se trouve dans la Bible. Dans sa première lettre aux Corinthiens, saint Paul exige que les femmes se couvrent la tête pour prier.

Quand s’est-il développé dans la religion musulmane ?

Avant de se répandre plus largement, le voile était d’abord un marqueur de distinction sociale entre les femmes qui pouvaient ne pas travailler et rester chez elles, qui le portaient alors pour sortir en toute discrétion, et les autres. Certains bas-reliefs montrent des femmes voilées dans le monde arabe avant l’avènement de l’islam au VIIe siècle. « Ce qui n’était qu’une habitude culturelle devient un phénomène à la fois religieux et politique au cours des XIXe et XXe siècles, à partir de la rencontre entre l’Occident et le monde musulman au moment de la colonisation, et il connaît une accélération fulgurante depuis ces trente dernières années », explique à Brief.me Bruno Nassim Aboudrar, auteur de « Comment le voile est devenu musulman ».

Que dit le Coran ?

Le Coran mentionne le terme « hijab » (qui signifie « rideau » ou « écran » en arabe et, par extension aujourd’hui, « voile ») uniquement pour faire référence à la séparation entre les visiteurs masculins et les épouses de Mahomet : « Et si vous leur demandez quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau. » Deux passages seulement évoquent l’habillement. L’un réclame aux femmes de se couvrir pour être distinguées et respectées. L’autre leur recommande de rabattre un voile sur leur torse en présence d’hommes étrangers au cercle familial. « Ce sont plutôt des conseils qu’une obligation, et davantage pour des raisons sociales que religieuses », estime Bruno Nassim Aboudrar.

Quand le port du voile a-t-il commencé à faire débat en France ?

Le port du voile devient un sujet de société en France après une polémique née en 1989. En septembre, le principal d’un collège de Creil, dans l’Oise, exclut trois élèves venues en cours avec un foulard sur la tête en invoquant la nécessité de « respecter le caractère laïc » de l’établissement. Des cas similaires se présentent le mois suivant à Marseille et Avignon. Saisi par Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation, le Conseil d’État déclare en novembre que le port de signes religieux « n’est pas par lui-même incompatible » avec la laïcité dans un établissement scolaire public.

Que dit la loi française concernant le port du voile ?

La France se dote de deux lois pour encadrer le port du voile. La première, votée en 2004, interdit dans les établissements scolaires « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ». Les foulards sont concernés, mais aussi les kippas ou les grandes croix. En 2010, une seconde loi interdit la dissimulation du visage dans l’espace public, visant les vêtements qui « rendent impossible l’identification de la personne » comme le niqab ou la burqa. Une amende d’un montant maximal de 150 euros est prévue. Selon le ministère de l’Intérieur, 1 726 contrôles ont été effectués entre avril 2011 et mars 2016, donnant lieu à 1 644 verbalisations et 82 avertissements.

Où est-il également interdit ou partiellement interdit sur la voie publique ?

La Belgique a été le second pays, après la France, à proscrire le port du niqab ou de la burqa dans l’espace public en adoptant une loi en 2011 qui interdit d’avoir « le visage masqué ou dissimulé ». Elle a depuis été suivie par la Bulgarie, le Tchad, le Gabon, le Congo-Brazzaville ainsi qu’une région du nord du Cameroun. Plusieurs restrictions locales existent également dans le canton du Tessin en Suisse, dans les bâtiments publics dans la région de Lombardie en Italie ou dans plusieurs villes en Catalogne. Des projets ou propositions de loi pour interdire le port du voile intégral sur la voie publique sont aussi en cours d’examen aux Pays-Bas, en Autriche et en Égypte.

Les entreprises peuvent-elles interdire le port du voile ?

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu mardi un arrêt qui valide la légalité de l’interdiction, par une entreprise privée, du port de signes religieux sur le lieu de travail, à condition que cela ne constitue pas une discrimination et si une règle interne le stipule. En France, les signes et vêtements religieux sont interdits dans le secteur public. La loi El Khomri, votée en août, permet aux entreprises privées de restreindre « la manifestation des convictions des salariées » dans le règlement intérieur, à condition que ces restrictions soient notamment nécessaires au « bon fonctionnement de l’entreprise ».

Que prévoit le monde du sport ?

En 1996, le Comité international olympique (CIO) accepte pour la première fois qu’une athlète participe aux épreuves voilée : il s’agit de l’Iranienne Lyda Fariman, tireuse à la carabine. En 2004, une seconde Iranienne (tireuse au pistolet) et une sprinteuse de Bahreïn se présentent aux Jeux olympiques, puis, en 2008, 14 délégations comptent des sportives voilées. Le CIO laisse donc le soin à chaque fédération de choisir d’accepter le voile ou non. En 2012, la Fédération internationale de football autorise le port du voile sur les terrains, une décision rejetée par la Fédération française de football qui l’interdit lors de ses compétitions nationales.