27 mars 2017

Tout s’explique

Manifestations anticorruption en Russie

Pourquoi le gouvernement a-t-il arrêté des centaines de manifestants ?

Des dizaines de milliers de manifestants, dont 8 000 personnes à Moscou selon la police, ont participé à des rassemblements anticorruption dans plusieurs villes russes, y compris en Crimée, le territoire ukrainien annexé par la Russie en 2014. Sur 99 manifestations prévues, le gouvernement en avait interdit 72, dont la plupart ont tout de même eu lieu. À la fin de la journée, l’ONG russe OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, recensait plus de 1 000 personnes interpellées à Moscou, dont 360 encore détenues par les autorités ce matin, principalement pour avoir participé à des manifestations interdites. L’Union européenne a condamné ce matin ces arrestations, contraires aux « libertés fondamentales, dont la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique ».

Que réclamaient-ils ?

Ces manifestations constituent le plus grand rassemblement en Russie depuis la réélection de Vladimir Poutine à la tête du pays en 2012. Les personnes présentes contestaient la corruption au sein du pouvoir, à l’appel de l’opposant politique Alexeï Navalny. Celui-ci avait publié début mars une vidéo, vue plus de 12 millions de fois, accusant le Premier ministre Dmitri Medvedev de s’être constitué un empire immobilier grâce à ses proches et à ses relations avec des oligarques. De nombreux manifestants se sont déplacés avec une paire de baskets ou un canard en plastique autour du cou, faisant référence au train de vie de Dmitri Medvedev dénoncé dans la vidéo d’Alexeï Navalny, comme l’achat de chaussures de luxe ou la construction d’un bâtiment dédié aux palmipèdes dans une de ses propriétés.

Qui est Alexeï Navalny ?

Alexeï Navalny est un avocat et militant politique russe devenu le principal opposant à Vladimir Poutine, contre lequel il souhaite se présenter pour l’élection présidentielle de 2018. Son plus grand succès électoral est d’avoir obtenu 27 % des voix lors de l’élection à la mairie de Moscou en 2013, derrière le candidat soutenu par le Kremlin. Il a bâti sa ligne politique sur la lutte contre la corruption au sein du pouvoir et des élites du pays. Arrêté à Moscou hier, il a été condamné ce matin à 15 jours de prison pour organisation de manifestation non autorisée. En février, il avait déjà été condamné pour « détournement de fonds » à cinq ans de prison avec sursis, une décision dont il a fait appel et qui entraînerait son inéligibilité. Ancien membre du parti d’opposition libéral Iabloko, il en avait été exclu en 2007 en raison de ses prises de position nationalistes.