30 mars 2017

Tout s’explique

Surpopulation carcérale et alternatives à la prison

Pourquoi la directrice de la prison de Villepinte refuse-t-elle d’accueillir de nouveaux détenus ?

La directrice de la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, a annoncé hier dans un courrier aux magistrats de Bobigny et de Paris que son établissement était « dans l’impossibilité physique d’accueillir plus de détenus » [€]. Dans cette lettre, à laquelle Le Monde a eu accès, elle précise encore que la prison « compte à ce jour 1 132 personnes hébergées pour 582 places ». Le même jour, le ministère de la Justice a dévoilé ses statistiques pénitentiaires mensuelles. Au 1er mars, 69 430 personnes étaient détenues en France pour 58 664 places, soit un taux d’occupation carcérale de 118 % et même de 143 % dans les maisons d’arrêt (où sont incarcérés les détenus pour des peines inférieures à deux ans). L’administration recense 1 822 matelas au sol, un nombre qui a augmenté de 26,4 % en un an.

Quelles sont les peines alternatives à la prison ?

Plusieurs peines alternatives existent en France : travaux d’intérêt général, jours-amendes ou contrainte pénale. Cette dernière est apparue lors de la réforme pénale de 2014. Elle comprend un ensemble d’obligations (réparation des dommages, formation, traitement médical, stage de citoyenneté, etc.) et d’interdictions (d’approcher la victime, de fréquenter un débit de boisson, de conduire, etc.) ainsi qu’un accompagnement qui peut durer jusqu’à cinq ans. Dans un rapport publié en octobre, le ministère de la Justice déclare que 2 287 contraintes pénales ont été prononcées en deux ans, bien en deçà des 8 000 à 20 000 contraintes pénales annuelles que prévoyait le gouvernement. Celles-ci concernent pour un tiers des infractions routières et un autre tiers des atteintes aux personnes.

Que proposent les candidats à la présidentielle sur l’incarcération ?

Cinq candidats se sont prononcés pour la construction de places de prison supplémentaires : Jacques Cheminade (10 000), Emmanuel Macron (15 000), François Fillon (16 000), Nicolas Dupont-Aignan (40 000) et Marine Le Pen (40 000). François Fillon veut rétablir les « peines planchers » (peines minimales obligatoires), créées en 2007 et supprimées en 2014. Une proposition partagée par Nicolas Dupont-Aignan, qui souhaite également, comme Marine Le Pen, supprimer les réductions de peines automatiques (qui s’appliquent sauf en cas de « mauvaise conduite »). La candidate FN propose aussi la « réclusion à perpétuité réelle » et l’expulsion des criminels et délinquants étrangers pour qu’ils purgent leur peine dans leur pays d’origine. Jean-Luc Mélenchon veut quant à lui « mettre fin au tout carcéral par des peines de prison alternatives » et Benoît Hamon renforcer la « prévention de la récidive en accroissant les moyens des services pénitentiaires d’insertion et de probation ».