10 avril 2017

Tout s'explique

Les chrétiens coptes visés en Égypte

Pourquoi les chrétiens coptes ont-ils été visés par deux attentats en Égypte ?

Deux attentats ont été perpétrés hier matin et hier après-midi dans deux églises coptes situées dans les villes de Tanta et Alexandrie, dans le nord de l’Égypte, faisant au moins 44 morts et plus de 100 blessés selon le ministère de la Santé égyptien. Le groupe État islamique a revendiqué les attaques dans la journée via son agence de presse Amaq. Dans une vidéo diffusée en février, l’organisation terroriste avait appelé à attaquer les chrétiens coptes, qualifiés d’« infidèles », partout en Égypte. Auparavant, elle s’en était déjà pris à la communauté religieuse à plusieurs reprises. En décembre, elle avait revendiqué un attentat dans une église copte du Caire, tuant 25 personnes et en blessant 49 autres. Il s’agissait alors de l’attaque la plus meurtrière à l’égard des coptes égyptiens depuis 2011.

Quel est leur statut dans le pays ?

Les chrétiens coptes d’Égypte représentent la communauté chrétienne la plus nombreuse au Proche-Orient et l’une des plus anciennes. Leur nombre est estimé à un peu plus de 5 millions par l’État et au moins 15 millions par l’Église copte (sur une population totale de 92 millions d’habitants). La liberté de religion est garantie par la Constitution égyptienne. Toutefois, les Coptes font l’objet de discriminations dans le pays, que ce soit pour l’accès aux emplois dans la fonction publique ou en matière de représentation politique. Les Coptes ne sont ainsi que 6 % au sein du Parlement égyptien. De nombreux pogroms antichrétiens ont eu lieu en Égypte à partir des années 1980 à l’instigation de groupes islamistes locaux, donnant lieu à des conversions forcées et à des pillages.

Quelles sont les mesures de l’état d’urgence en Égypte ?

À la suite des deux attentats, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a annoncé hier soir vouloir instaurer un état d’urgence de trois mois, qui doit être validé sous une semaine par le Parlement. L’état d’urgence en Égypte permet d’élargir les pouvoirs de détention et de surveillance de la police. Il peut également imposer des restrictions à la liberté de mouvement. L’Égypte a vécu dans ce contexte durant 30 ans, après l’assassinat du président Anouar el-Sadate en 1981 et durant les trois décennies au pouvoir de Hosni Moubarak. Lors de la révolution égyptienne de 2011, son abrogation faisait partie des revendications des manifestants. Supprimé en 2012, il a été rétabli pendant un mois en 2013 après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi.