15 avril 2017

On revient au début

La France face au nucléaire

Plusieurs candidats souhaitent diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité, en raison des risques d’accident et du stockage des déchets. D’autres considèrent au contraire qu’il a pour avantage de ne pas rejeter de gaz à effet de serre. Quels candidats misent sur une sortie du nucléaire à brève échéance ? Comment d’autres envisagent-ils de prolonger la durée d’exploitation des centrales existantes ? Qu’est-ce que les réacteurs au thorium que Jacques Cheminade et Nicolas Dupont-Aignan veulent développer ?

De quand datent les premières centrales nucléaires ?

Le premier réacteur nucléaire est construit à l’université de Chicago en 1942 pour des besoins militaires, dans le cadre des recherches sur la bombe atomique. En 1951, la première énergie d’origine nucléaire est produite aux États-Unis, à des fins expérimentales. Ce réacteur permet d’alimenter quatre ampoules électriques et confirme que le nucléaire peut servir à fournir de l’électricité. La première centrale nucléaire civile reliée au réseau électrique est mise en marche en 1954 en URSS. Avec une puissance de production de 5 mégawatts, elle peut alimenter environ 2 000 maisons en électricité.

Comment se sont-elles imposées en France ?

Dès le 18 octobre 1945, le général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire, ordonne la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour doter la France d’une politique nucléaire. Le pays bénéficie des travaux sur la radioactivité de Pierre et Marie Curie qui lui ont donné au début du siècle de l’avance dans la recherche atomique. En 1956, le site de Marcoule voit le jour dans le Gard, pour effectuer les premières expérimentations de réacteur. La première centrale civile entre en service en 1963 à Chinon (Indre-et-Loire). La France accélère la construction de réacteurs nucléaires en 1974 en réponse au choc pétrolier de l’année précédente. Aujourd’hui, 77 % de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire. Dans la majorité des pays qui l’utilisent, cette énergie ne dépasse pas 20 % ou 30 % du « mix énergétique ».

À quand remontent les premières oppositions politiques au nucléaire ?

C’est au début des années 1970, alors que les questions écologiques gagnent en importance, qu’apparaît dans le débat public la remise en cause du nucléaire civil. La première manifestation d’ampleur en France réunit 1 500 personnes à Fessenheim (Haut-Rhin), le 12 avril 1971, pour protester contre la construction de la centrale et les potentiels dangers du nucléaire. Les réacteurs entrent en service en 1977, mais d’autres projets sont abandonnés à cette époque face aux résistances locales. Les anti-nucléaire s’appuieront ensuite sur l’accident de Three Mile Island, aux États-Unis, en 1979, même s’il ne fait pas de victime, puis le drame de Tchernobyl en 1986, pour pointer les risques de catastrophe que fait peser cette technologie.

Comment stocke-t-on nos déchets nucléaires ?

Les déchets radioactifs sont très divers par leur niveau de radioactivité, leur durée de vie ou leur volume. Les rebuts peu radioactifs à faible durée de vie dans la nature représentent 90 % du volume des déchets produits. Peu dangereux et confinés dans des enveloppes protectrices, ils sont stockés en surface. Les déchets fortement radioactifs à durée de vie longue (jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’années) sont les plus problématiques. Fondus dans des coques en verre quasi indestructibles, leur stockage définitif pose toujours question. Le projet d’enfouissement en profondeur de ces déchets à Bure, dans la Meuse, a fait l’objet de nombreux recours en justice, et rencontre aujourd’hui encore de vives oppositions.

Comment fait-on pour démanteler une centrale nucléaire ?

Une centaine de réacteurs à travers le monde ont été arrêtés depuis les débuts du nucléaire civil, mais seuls une dizaine ont été démantelés et aucun en France. Neuf réacteurs d’EDF sont en cours de déconstruction dans le pays. La première phase, qui peut durer entre quatre et cinq ans, consiste à évacuer le combustible et vidanger les installations. Le reste du démantèlement prend, lui, au minimum 15 ans. En théorie, une centrale peut donc être démantelée en 20 ans, mais EDF prévoit plutôt 30 ans pour les réacteurs à eau pressurisée [€], la technologie utilisée dans les centrales en activité en France.

Est-il possible de prolonger la durée de vie d’une centrale ?

Les centrales nucléaires françaises subissent tous les 10 ans un examen en profondeur qui conditionne le renouvellement de leur autorisation de fonctionnement, supervisé par l’Autorité de sûreté nucléaire, une autorité indépendante qui agit au nom de l’État. On y vérifie leur état, leur niveau de sûreté, et leur adaptation aux nouvelles normes. Le gouvernement s’est dit en 2016 prêt à prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales (actuellement fixée à 40 ans), à la condition qu’elles passent ce test avec succès, mais n’a toujours pas acté sa décision.

Quels candidats proposent une sortie du nucléaire ?

Benoît Hamon entend mettre en œuvre « une sortie progressive et intégrale du nucléaire d’ici 25 ans ». Jean-Luc Mélenchon veut atteindre « un mix électrique 100 % renouvelable » (solaire, éolien, etc.) à l’horizon 2050, comme Philippe Poutou, mais reconnaît que « le parc nucléaire ne pourra fermer du jour au lendemain ». Emmanuel Macron veut, lui, maintenir l’objectif actuel fixé par la loi de transition énergétique adoptée en 2015 visant à ramener à 50 % la part du nucléaire en 2025, mais ne compte pas abandonner cette énergie. François Asselineau propose d’organiser un référendum sur le sujet. Les autres candidats ne s’opposent pas à l’utilisation du nucléaire et souhaitent même prolonger la durée de vie des centrales (François Fillon et Marine Le Pen) ou augmenter la part du nucléaire (Nicolas Dupont-Aignan et Jacques Cheminade).

Comment les candidats veulent-ils remplacer le nucléaire ?

Jean-Luc Mélenchon propose une « planification donnant la priorité aux mesures de réduction de la consommation » et au « développement des filières d’énergie renouvelable », et propose d’y investir 25 milliards d’euros dès le début de son quinquennat. Benoît Hamon veut mettre en place une aide permettant aux citoyens de s’équiper en matériel de production d’énergie renouvelable domestique et prône une stratégie européenne pour les développer. Philippe Poutou propose « de véritables efforts de planification » pour augmenter le recours aux énergies renouvelables.

Qu’est-ce que les réacteurs au thorium ?

Nicolas Dupont-Aignan et Jacques Cheminade voient dans l’utilisation de ce métal lourd radioactif, plus abondant que l’uranium dans la nature, l’avenir de notre production d’énergie. Le réacteur au thorium présenterait de nombreux avantages selon ses promoteurs : un combustible plus accessible et moins cher, une technologie moins dangereuse, une production d’énergie plus flexible en termes de quantité pour s’adapter au mieux aux besoins et un rejet de déchets très réduit. Mais ces réacteurs aussi dits « à sels fondus » sont encore au stade de la recherche. EDF et l’État y consacrent peu de financements, car ils privilégient la piste de la fusion nucléaire ou des réacteurs à haute température refroidis à l’hélium, qui présentent des avantages comparables.