18 avril 2017

Tout s’explique

Les nouveaux pouvoirs du président turc

De quels pouvoirs dispose désormais Erdogan ?

Les citoyens turcs ont voté dimanche à 51,4 % en faveur d’une réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs présidentiels, promue par le chef de l’État Recep Tayyip Erdogan. Deux mesures entrent immédiatement en vigueur : le président peut prendre la direction de son propre parti (il n’est plus tenu à l’impartialité) et choisir 6 des 13 membres du Haut Conseil des juges et des procureurs en charge de nommer et révoquer les magistrats. Les 16 amendements restants s’appliqueront à partir de novembre 2019, après la prochaine élection présidentielle, qui coïncidera désormais avec les élections législatives pour limiter le risque de cohabitation. Le chef de l’État deviendra chef du gouvernement, nommant ses ministres et un ou plusieurs vice-présidents, tandis que le poste de Premier ministre disparaîtra. Il pourra dissoudre le Parlement, remettant alors en jeu son mandat.

Pourquoi les résultats du référendum sont-ils contestés ?

Le parti social-démocrate CHP et le parti prokurde HDP, les deux principales formations d’opposition turques, ont dénoncé des manipulations dès l’annonce des résultats. Ils ont critiqué la décision du Haut Conseil électoral qui a validé en cours de dépouillement les bulletins non marqués du sceau officiel des autorités électorales. Le CHP a déposé cet après-midi devant l’institution une demande d’annulation du référendum. Une mission d’observation du Conseil de l’Europe et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a affirmé hier dans un rapport que « ces modifications tardives dans la procédure de comptage des voix ont supprimé un important garde-fou ». Elle a également déclaré que les « deux camps en campagne n’ont pas bénéficié des mêmes opportunités ».

Où en est le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ?

Face à ses partisans réunis devant le palais présidentiel, Recep Tayyip Erdogan a évoqué dimanche soir la possibilité de rétablir par référendum la peine de mort. Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, a rappelé hier que, si elle est rétablie, « les négociations entre l’Europe et la Turquie sur son entrée dans l’Union européenne deviendraient caduques ». La Turquie, candidate depuis 1987 pour intégrer l’UE, a aboli la peine capitale en 2004, prérequis pour intégrer l’Union européenne. Les négociations ont débuté l’année suivante, mais ont rapidement été freinées par le refus de la Turquie de reconnaître l’indépendance de la République chypriote. Elles ont repris en 2016, lors de la signature d’un accord entre l’UE et la Turquie sur les migrants, mais n’ont pas progressé.