28 avril 2017

Tout s'explique

Le Front national et le négationnisme

Pourquoi Jean-François Jalkh n’assurera-t-il pas la présidence du Front national ?

Après sa qualification au second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a annoncé lundi qu’elle se mettait en « congé » de la présidence du Front national, conduisant Jean-François Jalkh, premier vice-président du parti, à sa tête. Il n’assurera pourtant pas l’intérim, a déclaré ce matin Louis Aliot, autre vice-président du parti. C’est à Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont et également vice-président du FN, que le rôle revient désormais. Jean-François Jalkh a « refusé sa mission », considérant « qu’il n’y avait pas la sérénité nécessaire à l’exercice de cet intérim ». Mardi, le quotidien La Croix avait exhumé un entretien réalisé avec une universitaire en 2000 au cours duquel celui-ci avait émis des doutes concernant la réalité des chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale.

Quels sont les précédents ?

Avant Jean-François Jalkh, d’autres membres du Front national ont été condamnés pour avoir tenu des propos négationnistes. En 1987, le président du parti, Jean-Marie Le Pen, déclare lors d’une interview que les chambres à gaz sont « un point de détail de la Deuxième Guerre mondiale ». Il réitère ces propos plusieurs fois, la dernière remontant à 2015, ce qui lui vaut d’être condamné à 30 000 euros d’amende en avril 2016. Le Front national l’exclut du parti en août 2015, décision validée par la justice, qui lui permet néanmoins de conserver son titre de président d’honneur. Plusieurs membres du parti en ont été exclus pour propos négationnistes. La dernière suspension prononcée par le Front national date de mars. Elle visait le conseiller régional FN dans la région Provence-Alpes-Côtes d’Azur Benoît Loeuillet, après la révélation de propos négationnistes dans un documentaire de C8. Marine Le Pen a déclaré mi-mars : « Quand il y a une brebis galeuse, nous, on la vire. »

À quand remonte la stratégie de dédiabolisation du parti ?

Selon Valérie Igounet, chercheuse en histoire et spécialiste de l’extrême droite, la stratégie de dédiabolisation du parti remonte à 1992. Une note interne du FN explique qu’il faut « combattre la qualification d’extrémisme » et rappeler la « condamnation du nazisme et de ses exactions ». Marine Le Pen décrit la dédiabolisation en 2006 dans un ouvrage, « À contre flots », et applique cette méthode à son arrivée à la tête du parti en 2011. Dès lors, elle n’hésite pas à solliciter la commission de discipline du parti pour convoquer les militants. Instaurée dans les années 1980, celle-ci peut être saisie en cas de « manquements à l’honneur ou à la probité, des manifestations graves ou répétées d’indiscipline, ainsi que des actions susceptibles de porter atteinte à la stabilité ou à la considération du mouvement ».