29 avril 2017

On revient au début

L’ascension d’Emmanuel Macron

Peu connu du grand public à sa nomination comme ministre de l’Économie en août 2014, Emmanuel Macron est arrivé dimanche en tête du premier tour de la présidentielle. Quel a été son parcours avant de rejoindre l’Élysée comme secrétaire général adjoint au début du mandat de François Hollande ? Quel est le bilan de son action au ministère de l’Économie ? Comment a-t-il développé son mouvement En marche ?

Quel parcours suit Emmanuel Macron avant de faire de la politique ?

Emmanuel Macron est né en 1977 à Amiens, où il vit jusqu’à 16 ans avant de poursuivre sa scolarité au lycée Henri-IV à Paris. Titulaire d’un DEA de philosophie et diplômé de Sciences Po Paris, il termine ses études à l’École nationale d’administration, à l’issue desquelles il intègre le corps de l’Inspection générale des Finances. Nommé par Jacques Attali rapporteur adjoint d’une commission sur la libération de la croissance française, créée par le président de la République Nicolas Sarkozy, il se met ensuite en disponibilité de la fonction publique et rejoint la banque Rothschild & Cie. Il y occupe un poste de directeur des affaires financières à partir de 2008, avant d’en devenir associé-gérant deux ans plus tard.

À quand remontent ses premiers engagements militants  ?

Étudiant, Emmanuel Macron est proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Il assiste à une université d’été de son Mouvement des citoyens (MDC) puis effectue un stage au cabinet de George Sarre, maire du XIe arrondissement de Paris et ancien président du MDC. En 2006, il adhère au Parti socialiste, auquel il verse une cotisation pendant trois ans. La même année, il entame une collaboration avec la Fondation Jean-Jaurès, présidée par l’ancien premier secrétaire du PS Pierre Mauroy, où il devient responsable de la commission mondialisation. Au Touquet, où sa femme possède une maison, plusieurs personnalités de droite lui suggèrent de se présenter aux élections municipales de 2008. Il y renonce finalement, refusant de s’engager pour l’UMP.

Comment devient-il secrétaire général adjoint de l’Élysée ?

Emmanuel Macron rencontre Jean-Pierre Jouyet, ami intime de François Hollande, au moment où il travaille à l’Inspection générale des finances, service que celui-ci dirige de 2005 à 2007. Il le retrouve encore à la Fondation Jean-Jaurès. Par son intermédiaire, il fait la connaissance de François Hollande. En 2011, Emmanuel Macron le soutient lors de la primaire socialiste pour l’élection présidentielle et anime un groupe composé d’économistes qui le conseille pour son programme et s’est baptisé La Rotonde en référence à la brasserie de Montparnasse où ont lieu les réunions. En mai 2012, il réintègre la fonction publique et François Hollande le nomme secrétaire général adjoint de l’Élysée.

Quel est son rôle auprès de François Hollande ?

En tant que secrétaire général adjoint de l’Élysée, Emmanuel Macron conseille François Hollande sur les questions économiques. Il œuvre à la mise en place du Pacte pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, appliqué depuis janvier 2013. Celui-ci instaure le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui prévoit un allègement fiscal à destination des employeurs. Emmanuel Macron est également à l’origine du Pacte de responsabilité et de solidarité, adopté en 2014, qui réduit le coût du travail (grâce à une baisse des cotisations patronales sur les bas salaires) et allège l’impôt sur le revenu des ménages modestes.

Quel est son bilan en tant que ministre de l’Économie ?

Emmanuel Macron devient ministre de l’Économie en août 2014. Son entrée en fonction est marquée par une déclaration mentionnant l’analphabétisme supposé d’ouvrières d’un abattoir de l’ouest de la France, dont il s’excusera aussitôt. Il remanie le projet de loi de son prédécesseur Arnaud Montebourg pour relancer la croissance et « déverrouiller l’économie ». Après huit mois de débats législatifs, sa loi est adoptée en août 2015. Celle-ci crée des lignes de bus nationales et réforme le travail dominical, le permis de conduire et les professions réglementées. Selon un rapport d’étape présenté en mars 2016, 1 300 emplois directs ont été créés grâce aux lignes de bus (contre 22 000 annoncés). En août, la société d’assurance Euler Hermes estimait que la loi dite Macron n’avait relevé le PIB que de 0,05 %.

Qu’est-ce qui l’incite à lancer son mouvement En marche ?

En avril 2016, il organise un rassemblement à Amiens pour annoncer la création d’« un mouvement politique nouveau », En marche, qui « ne sera pas à droite et pas à gauche ». Il déclare qu’il « assume » être « d’un gouvernement de gauche », mais veut « travailler avec des gens qui se sentent aujourd’hui à droite, aussi ». Le député PS Richard Ferrand, secrétaire général d’En marche, explique à Franceinfo que le mouvement est né des difficultés rencontrées pour faire passer sa loi : « À la buvette de l’Assemblée, des élus de droite disent à Macron : “Je voterais bien ta loi, mais je ne peux pas.” Quand vous découvrez les blocages politiques, soit vous arrêtez, soit vous faites quelque chose pour changer. » Emmanuel Macron remet sa démission à François Hollande fin août et annonce sa candidature à l’élection présidentielle en novembre.

Comment fonctionne celui-ci ?

En marche est une association dont les statuts précisent qu’elle est un groupement politique. Le mouvement ne reçoit toutefois pas encore de financement public, puisque celui-ci est fonction du résultat aux élections législatives. Il doit se contenter de dons privés plafonnés à 7 500 euros annuels par personne physique. Mi-mars, le mouvement déclarait avoir ainsi reçu 9 millions d’euros. Par ailleurs, Emmanuel Macron a contracté un prêt de 8 millions d’euros auprès d’une banque française pour le financement de sa campagne. En marche n’est pas organisé autour de membres élus. Fin avril, il comptait près de 254 000 adhérents (l’adhésion est toutefois gratuite, à la différence des partis traditionnels).

Comment a-t-il fait campagne ?

Quelques jours après l’annonce de sa candidature, Emmanuel Macron publie « Révolution », un livre dans lequel il dévoile les premiers axes de son projet. Sollicité par Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, il refuse de participer à la primaire de la gauche. Le 10 décembre, il tient son premier grand meeting à Paris, devant 15 000 personnes. Accusé par ses adversaires d’entretenir le flou autour de ses propositions, le candidat dévoile d’abord son projet économique, puis l’intégralité de son programme début mars. Déjà soutenu par des personnalités du PS, de LR, de l’UDI ainsi que des écologistes, il reçoit fin février une proposition d’alliance de François Bayrou, président du MoDem.

Avec qui affirme-t-il vouloir gouverner ?

Lors d’une conférence de presse sur le « renouvellement politique » au siège de son mouvement fin mars, Emmanuel Macron déclare que, s’il est élu, son gouvernement sera « composé d’une quinzaine de ministres tout au plus », « issus pour une partie conséquente de la société civile, dans toute sa diversité ». Il affirme ne pas vouloir « d’anciens ministres au gouvernement ». En Marche annonce à cette occasion qu’il présentera 577 candidats aux législatives, dont une moitié qui n’ont jamais été élus (il n’a dévoilé pour l’instant que 14 investitures). « Nos candidats peuvent être par ailleurs socialistes, radicaux, écologistes, centristes et républicains, tant qu’ils se retrouvent dans notre projet », précise Emmanuel Macron. Pour constituer une majorité, le candidat compte sur ses candidats, mais aussi sur ceux du MoDem, le seul parti avec lequel il a accepté de faire une alliance.