13 mai 2017

On revient au début

Les migrants en Méditerranée

Des navires de secours ont récupéré 6 600 personnes en détresse en Méditerranée entre vendredi et dimanche, selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. Depuis le début de l’année, plus de 1 300 personnes sont mortes noyées en tentant de rejoindre l’Europe. Depuis quand s’est développée cette immigration par bateau ? Pourquoi les traversées sont-elles de plus en plus dangereuses ? Que deviennent les migrants une fois sur le sol européen ?

À quand remonte la crise des migrants actuelle ?

L’Union européenne fait face à une arrivée de migrants sans précédent depuis 2014 (283 000 entrées illégales cette année-là selon l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex), soit plus du double par rapport à l’année précédente. Un pic est atteint en 2015, avec l’entrée de plus d’un million de personnes, ce qui représente la plus forte crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Deux routes sont principalement empruntées : la Méditerranée du sud, depuis la Libye, dans le but de rejoindre l’île italienne de Lampedusa (Nigérians, Érythréens, Guinéens, etc.) et la mer Égée entre la Turquie et la Grèce (Syriens, Afghans et Irakiens). La photo d’un enfant mort, Aylan Kurdi, noyé dans la traversée entre la Turquie et la Grèce en septembre 2015 provoque une vague d’indignation.

Pourquoi l’immigration s’est-elle développée par la mer ?

« L’immigration s’est développée par la Méditerranée pour une raison simple : les migrants ne peuvent pas prendre l’avion, car ils n’ont pas de visa, explique à Brief.me François Gemenne, enseignant-chercheur spécialiste des migrations. Ils deviennent dépendants des passeurs, pour qui il est plus intéressant pour des questions de rentabilité de mettre 100 personnes sur un bateau que d’en guider 10 à travers la montagne. » Arrivant via la Méditerranée en Italie ou en Grèce, ils espèrent obtenir un statut de réfugié.

Combien de migrants sont morts en Méditerranée ?

Le nombre de migrants ayant perdu la vie lors de leur traversée de la Méditerranée n’a cessé d’augmenter depuis que ce passage est devenu incontournable pour atteindre l’Union européenne. 3 400 personnes y ont été retrouvées mortes en 2014, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Il s’agissait alors de l’année la plus meurtrière en Méditerranée. 3 771 migrants se sont noyés en mer en 2015 et la traversée a coûté la vie à plus de 5 000 personnes en 2016. Depuis le début de l’année, le nombre de morts en Méditerranée dépasse 1 300 personnes, soit « une personne sur 35 » tentant de rejoindre l’Italie depuis la Libye, selon les calculs du HCR. Les passeurs fournissent aux migrants des embarcations d’une qualité de plus en plus médiocre et augmentent le nombre de passagers pour accroître leurs profits.

Quelles sont les règles concernant le sauvetage en mer ?

Le sauvetage en mer est une obligation édictée par le droit international. Le capitaine d’un navire a le devoir de prêter assistance à toute personne se trouvant en situation de détresse en mer, indépendamment de sa nationalité, de son statut ou des circonstances dans lesquelles elle a été trouvée. Il doit alerter le centre de coordination et de sauvetage de sa région, qui peut organiser une opération de secours et la conduite des migrants dans un lieu sûr. Des ONG prennent également en charge l’envoi en mer de bateaux de sauvetage dans le but de prêter assistance aux migrants en danger. L’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée, a sauvé près de 10 000 personnes depuis 2016.

Quelles solutions existent pour éviter la traversée de la Méditerranée ?

Pour éviter d’avoir à parcourir la Méditerranée dont la traversée est très risquée, les migrants peuvent déposer, dans les ambassades ou consulats situés dans leur pays ou un pays voisin, une demande de visa dit « humanitaire » ou « d’asile ». Selon les critères établis par chaque pays d’accueil, un visa peut être accordé à une personne afin qu’elle le rejoigne en toute sécurité, notamment par avion. Son obtention permet d’éviter aux migrants de recourir aux réseaux de passeurs. En 2015, la France a délivré 5 700 visas « humanitaires » de court séjour (valables trois mois et permettant de circuler dans tout l’espace Schengen) et 8 600 de long séjour (valables jusqu’à un an, valant titre de séjour), préalables à une demande d’asile sur place.

Comment ont réagi les pays de l’Union européenne ?

« L’Italie est le premier pays à avoir mis en place une opération de secours humanitaire, Mare Nostrum », rappelle François Gemenne. Elle est déclenchée fin 2013 après un naufrage au large de Lampedusa, dans lequel 366 migrants périssent. « L’Italie espérait entraîner une action de solidarité européenne, ce qui n’a pas été le cas. Elle a donc arrêté un an plus tard. » Face à l’afflux de migrants, d’autres pays préfèrent leur fermer leurs frontières, comme la Hongrie, la Serbie et la Croatie à l’automne 2015. Après avoir annoncé fin août 2015 qu’elle ne renverrait plus les migrants syriens vers leur pays d’entrée dans l’Union européenne, l’Allemagne ferme à son tour ses frontières avec l’Autriche un mois plus tard. En 2015, l’Allemagne a accueilli 1,1 million de migrants.

Quelles décisions ont pris les pays européens ?

L’Union européenne adopte un plan de relocalisation en septembre 2015, permettant le transfert d’un migrant d’un État membre à un autre, pour alléger le poids des arrivées en Grèce et en Italie. 160 000 personnes doivent être concernées sur deux ans. Mais les pays d’accueil revoient leurs engagements à la baisse. Fin mars, l’Office international pour les migrations comptait 14 500 personnes bénéficiaires. En mars 2016, l’Union européenne passe un accord avec la Turquie pour réduire les flux migratoires, lui permettant de renvoyer les migrants en situation irrégulière interceptés dans les eaux turques et ceux arrivés en Grèce qui ne demandent pas l’asile ou dont la demande est jugée infondée.

Quel statut les migrants peuvent-ils obtenir une fois arrivés sur le sol européen ?

Arrivés sur le sol européen, les migrants doivent déposer une demande d’asile pour espérer recevoir le statut de réfugié afin de rester légalement sur place. La Convention de Genève, signée par les pays de l’Union européenne, prévoit que le statut de réfugié soit accordé à toute personne persécutée à titre individuel dans son pays (« du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ») ou exposée à un risque fort de persécution. Une protection subsidiaire peut être attribuée à toute personne qui ne remplit pas les critères pour obtenir le statut de réfugié, mais est exposée à la peine de mort, la torture ou une menace grave contre sa vie en cas de conflit armé.

Quelles conditions d’accueil sont proposées en France ?

En France, un migrant en situation irrégulière peut être hébergé avant même le dépôt d’une demande d’asile. Il peut rejoindre l’un des 301 centres d’accueil et d’orientation créés par l’État depuis octobre 2015, pour éviter les conditions de vie difficiles dans les camps de migrants. Plus de 17 000 personnes en ont bénéficié, selon un bilan établi par le ministère du Logement en janvier. Lorsqu’un migrant a déposé sa demande d’asile, il peut également se diriger vers l’un des 285 centres d’accueil de demandeurs d’asile, puis une fois le statut de réfugié obtenu, il peut demander à bénéficier d’une place en centre provisoire d’hébergement pendant une période de 9 à 12 mois.