27 mai 2017

On revient au début

L’après-nucléaire

Les Suisses ont voté dimanche par référendum l’interdiction de la construction de nouvelles centrales nucléaires, signant l’abandon progressif de cette énergie dans le pays. Quels sont les pays qui ont entrepris de réduire ou de mettre un terme à leur utilisation du nucléaire ? Est-ce que le basculement provoque un regain de consommation des énergies fossiles comme le charbon ? Quelles sont les énergies renouvelables dont l’utilisation progresse le plus ?

À quand remontent les premières oppositions à l’énergie nucléaire ?

La remise en cause du nucléaire civil apparaît dans le débat public au début des années 1970, alors que les questions écologiques gagnent en importance. Le 12 avril 1971, la première manifestation d’ampleur en France réunit 1 500 personnes à Fessenheim (Haut-Rhin) pour protester contre la construction de la centrale et les potentiels dangers du nucléaire. L’accident de Three Mile Island, en Pennsylvanie (États-Unis), en 1979, même s’il ne fait pas de victime, le drame de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, puis la catastrophe de Fukushima (Japon) en 2011, font grossir les rangs des antinucléaire.

Quels sont les premiers pays à avoir renoncé au nucléaire ?

Dès 1978, l’Autriche décide par référendum d’interdire l’exploitation de l’énergie nucléaire, avant même d’avoir commencé à l’utiliser. Sa centrale de Zwentendorf, tout juste finie, ne sera jamais mise en service. La Suède, qui produit de l’électricité d’origine nucléaire depuis 1964, vote par référendum après l’incident de Three Mile Island un abandon progressif de ses réacteurs, un moratoire qui sera partiellement levé en 2010. En Italie, la catastrophe de Tchernobyl motive la décision prise en 1987, toujours par référendum, de sortir du nucléaire civil. Les quatre centrales en activité dans le pays sont arrêtées en 1990.

Quels pays ont changé de politique après la catastrophe de Fukushima ?

Après le tsunami ayant entraîné l’accident de Fukushima en mars 2011, le Japon met progressivement à l’arrêt ses 54 réacteurs. 12 d’entre eux sont fermés définitivement. Malgré la volonté du Premier ministre actuel, Shinzo Abe, de redémarrer le programme nucléaire japonais, seuls quatre réacteurs ont été remis en service dans l’archipel. L’Allemagne, après avoir opté en 2002 pour une sortie du nucléaire, était revenue sur sa décision en 2010 avec l’accession au pouvoir d’Angela Merkel. Après Fukushima, la chancelière change d’avis : elle décrète un moratoire de trois mois pour inspecter les centrales, puis annonce une sortie progressive du nucléaire d’ici 2022. En Italie, le Premier ministre Silvio Berlusconi abandonne en 2011 un projet de réintroduction de l’énergie nucléaire initié en 2008.

Comment l’abandon du nucléaire a-t-il été compensé dans ces pays ?

En arrêtant en quelques mois seulement ses 54 réacteurs nucléaires, le Japon s’est privé de 26 % de sa production d’électricité. Cette perte importante a été en partie compensée par une baisse de la consommation d’électricité et pour le reste par une utilisation accrue du gaz et du charbon. Les énergies renouvelables n’ont que faiblement progressé, passant de 1 % en 2010 à 5 % en 2015. L’Allemagne a réduit la part du nucléaire dans sa production d’électricité de 18 % en 2011 à 13 % en 2016. L’électricité produite par le charbon, en baisse depuis 20 ans, est repartie à la hausse pendant deux ans avant de recommencer à décroître, atteignant dès 2015 un niveau inférieur à 2011. Les énergies renouvelables, qui généraient 20 % de l’électricité allemande en 2011, ont atteint 30 % en 2016.

Quelles sont les énergies renouvelables les plus développées à l’heure actuelle ?

Fin 2016, les énergies renouvelables fournissaient environ un quart de l’électricité mondiale. L’hydroélectricité représente 75 % de cette production, selon l’Agence internationale de l’énergie renouvelable, une organisation intergouvernementale. L’éolien occupe la deuxième place avec 13,2 %, devant les bioénergies (7,4 %), le solaire (3,6 %) et la géothermie (1,4 %). La croissance de l’énergie solaire a cependant excédé celle de l’éolien pour la première fois en 2016, grâce à la forte baisse de ses coûts de production dans plusieurs pays. L’Asie compte les plus fortes capacités de production d’énergies renouvelables, d’autant que la Chine investit massivement dans le secteur pour réduire sa consommation de charbon.

Que deviennent les centrales fermées ?

Une centaine de réacteurs à travers le monde ont été arrêtés depuis les débuts du nucléaire civil. Seuls une dizaine ont été démantelés, mais aucun en France. Entre l’évacuation et la vidange du combustible, puis le démontage en lui-même, il faut compter une vingtaine d’années pour mener à bien le démantèlement d’une centrale. En France, EDF prévoit plutôt 30 ans pour les réacteurs à eau pressurisée [€], la technologie utilisée par les centrales en activité dans le pays. Ces démantèlements coûtent cher. En février, un rapport parlementaire considérait comme sous-évalué un chiffrage d’EDF estimant à 75,5 milliards d’euros le démantèlement des installations, soit en moyenne plus d’un milliard d’euros par réacteur.

Qu’a décidé la Suisse cette semaine ?

Dimanche,58,2 % des électeurs suisses se sont prononcés en faveur d’une révision de leur loi sur l’énergie. Ce texte interdit à l’avenir la construction de centrales nucléaires et aboutira donc à un abandon progressif de la technologie, au fur et à mesure que les centrales en service fermeront. La Suisse possède actuellement cinq réacteurs nucléaires qui produisent environ un tiers de l’électricité du pays. D’ambitieux objectifs de réduction de la consommation d’électricité ont également été fixés : -16 % d’ici 2020 et -43 % d’ici 2035. Enfin, le texte prévoit un développement des énergies renouvelables, l’hydraulique en particulier, qui produit déjà 60 % de l’électricité suisse.

Quelles sont les positions d’Emmanuel Macron et de Nicolas Hulot sur le nucléaire ?

Emmanuel Macron a annoncé durant sa campagne pour la présidentielle qu’il souhaitait maintenir l’objectif actuel fixé par la loi de transition énergétique adoptée en 2015. Alors qu’aujourd’hui 77 % de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire, cette loi vise à ramener à 50 % cette proportion en 2025. Nicolas Hulot s’est, lui, publiquement exprimé pour une sortie du nucléaire. Il y a un an, le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire estimait que cette technologie n’était « pas l’avenir », et que « ce dont tous les pays ont besoin, et notamment les petits pays, c’est d’une autonomie énergétique en produisant à l’intérieur de leurs frontières de l’énergie gratuite avec le vent ou le soleil ».