10 juin 2017

On revient au début

L’Arabie saoudite et l’Iran, puissances rivales

L’Arabie saoudite, suivie notamment par les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte, a rompu lundi ses relations diplomatiques avec le Qatar, lui reprochant son soutien à des groupes terroristes et ses liens avec l’Iran. Le 21 mai, en déplacement en Arabie saoudite, le président américain Donald Trump avait lui-même appelé à « isoler » l’Iran. À quand remonte cette opposition entre ces deux puissances régionales, l’une à majorité sunnite, l’autre à majorité chiite ? Sur quels terrains s’affrontent-elles ? Quels sont leurs soutiens ?

De quand date la rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite ?

En 1979, la révolution iranienne installe au pouvoir l’ayatollah Khomeini, qui souhaite exporter son modèle de République islamique chiite à l’ensemble du monde musulman. Craignant que son hégémonie régionale soit remise en cause, l’Arabie saoudite, à majorité sunnite, soutient Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Les deux pays rompent leurs relations diplomatiques entre 1988 et 1991, après la répression par les autorités saoudiennes d’une manifestation de pèlerins iraniens hostiles à Israël et aux États-Unis à La Mecque.

Sur quoi les chiites et les sunnites s’opposent-ils ?

Le prophète Mahomet, fondateur de l’islam, n’a pas désigné d’héritier à sa mort en 632. Deux clans apparaissent et luttent pour sa succession et pour le pouvoir. Ils donneront naissance au chiisme et au sunnisme, deux branches de l’islam dont les doctrines divergent. Environ 85 % des musulmans dans le monde sont sunnites. Les chiites, ultra-majoritaires en Iran, représentent 10 % à 15 % de la population saoudienne (voir la carte). L’Arabie saoudite craint que l’Iran, en accroissant son influence, encourage la révolte de sa minorité chiite.

Sur quels soutiens peuvent compter les deux pays ?

La zone d’influence de l’Iran se limite, au Moyen-Orient, au « croissant chiite », qui rassemble également l’Irak, l’autre grand pays chiite, et la Syrie, à majorité sunnite, mais dont la famille Assad au pouvoir est alaouite (une branche du chiisme). L’Arabie saoudite entretient pour sa part de bonnes relations avec les Émirats arabes unis et Bahreïn. Bien qu’à majorité sunnite, l’Égypte et la Turquie conservent des liens avec les deux pays. Depuis la signature d’un accord militaire en 1945, les États-Unis sont un allié majeur de l’Arabie saoudite.

Pourquoi les tensions se sont-elles accrues ces dernières années ?

À partir de 2011, l’éclosion des printemps arabes au Moyen-Orient relance la lutte d’influence entre l’Iran et l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite intervient à Bahreïn pour soutenir le pouvoir sunnite contesté par une population à majorité chiite. L’accession au pouvoir en janvier 2015 du roi Salmane en Arabie saoudite entraîne un durcissement face à l’Iran. En juillet, l’accord sur le nucléaire iranien prévoyant un allègement des sanctions imposées par l’ONU accroît l’inquiétude de l’Arabie saoudite envers son rival. En septembre, après un mouvement de foule à La Mecque faisant des centaines de victimes iraniennes, Téhéran met en cause Riyad pour sa « mauvaise gestion » de la sécurité du pèlerinage annuel.

Sur quels terrains s’affrontent aujourd’hui l’Iran et l’Arabie saoudite ?

En Syrie, l’Iran est un soutien historique de Bachar el-Assad. L’Arabie saoudite, qui souhaite l’instauration d’un pouvoir sunnite, arme dès 2011 les rebelles qui s’opposent au régime puis participe à la coalition internationale menée par les États-Unis pour combattre les groupes terroristes État islamique et Front al-Nosra. En Irak, le royaume saoudien soutient des milices sunnites qui luttent contre le gouvernement chiite. Au Yémen, pays à majorité sunnite, l’Arabie saoudite entre en guerre en mars 2015 pour contrer une rébellion chiite alliée à l’Iran qui a provoqué le départ du président élu.

L’Iran et l’Arabie saoudite entretiennent-ils des relations actuellement ?

L’exécution d’un dignitaire chiite en Arabie saoudite en janvier 2016 provoque une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays toujours en vigueur aujourd’hui. Après l’appel de Donald Trump, le mois dernier à Riyad, à « isoler » l’Iran, la lutte d’influence s’est étendue au Qatar. L’Arabie saoudite et plusieurs de ses alliés ont mis un terme à leurs relations diplomatiques avec le riche émirat à majorité sunnite, lui reprochant notamment une attitude trop conciliante avec l’Iran avec lequel il partage des intérêts économiques.