8 juillet 2017

On revient au début

Les aspirations démocratiques de Hong Kong

Le président chinois a mis en garde samedi dernier les militants prodémocratie de Hong Kong contre toute atteinte à l’autorité de Pékin, 20 ans après la rétrocession de l’ex-colonie britannique. Xi Jinping a affirmé que les actions visant à « défier l’autorité du gouvernement central » étaient « absolument inadmissibles ». Pourquoi ce territoire a-t-il été rattaché à la Chine en 1997 ? Comment le principe « un pays, deux systèmes » est-il appliqué ? Le mouvement prodémocratie de l’automne 2014 a-t-il permis de faire évoluer la situation ?

Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il rétrocédé Hong Kong à la Chine ?

La Chine avait cédé à perpétuité au Royaume-Uni l’île de Hong Kong puis la péninsule de Kowloon qui lui fait face après ses défaites lors de la première et de la seconde guerre de l’opium (1839-1842 et 1856-1860). Cherchant à s’agrandir, le Royaume-Uni avait ensuite obtenu un bail de 99 ans sur un ensemble appelé « Nouveaux Territoires » situé sur le continent, prenant fin en 1997. En 1984, les deux pays s’accordent dans une déclaration commune sur la rétrocession à la Chine des trois entités territoriales en 1997. Ils conviennent que Hong Kong bénéficiera pendant 50 ans du statut de région administrative spéciale de la République populaire de Chine, lui permettant de conserver certaines prérogatives.

Comment fonctionne le principe « un pays, deux systèmes » ?

L’accord de rétrocession de Hong Kong à la Chine prévoit l’application du principe « un pays, deux systèmes », proposé lors des négociations par Deng Xiaoping, alors dirigeant de la République populaire de Chine, puis concrétisé dans la Loi fondamentale qui sert de Constitution au territoire. Hong Kong dispose ainsi de systèmes politique, juridique, économique et financier différents de la Chine. Une partie des députés sont élus au suffrage universel, la monnaie est le dollar hongkongais et les libertés d’expression et de manifestation sont garanties. Ce principe devait laisser à la Chine le temps de se moderniser et de rattraper son retard sur Hong Kong, avant que la région et le pays ne soient complètement réunis en 2047.

Quand ont émergé les premières revendications démocratiques ?

« Avant la déclaration de 1984, plusieurs mouvements démocratiques existaient à Hong Kong, mais ils se sont vraiment organisés à partir de ce moment-là, explique à Brief.me Jean-Pierre Cabestan, directeur du département de science politique à l’Université baptiste de Hong Kong. Puis la répression du mouvement de la place Tiananmen à Pékin, en 1989, a accéléré la création de partis politiques prodémocratie. » Fin 2002, l’annonce d’un projet de loi pour sanctionner les actes de trahison, faisant craindre l’écrasement de toute opposition, entraîne plusieurs manifestations. 500 000 personnes se réunissent le 1er juillet 2003. C’est le deuxième plus grand mouvement de protestation en Chine, après les manifestations de la place Tiananmen. Le projet de loi est abandonné quelques jours plus tard.

Comment Pékin exerce-t-il un contrôle sur Hong Kong ?

Selon la Loi fondamentale de 1997, Pékin assure pour Hong Kong la défense et la diplomatie. Mais son contrôle est bien plus étendu, en particulier grâce au Bureau de liaison créé en 2000. « Officiellement, il est censé assurer la liaison entre Hong Kong et Pékin, sans pouvoir exécutif, mais il est en réalité consulté en permanence par les responsables politiques et constitue une sorte de gouvernement bis », explique Jean-Pierre Cabestan. Les entreprises chinoises sont de plus en plus présentes sur le territoire. Pour asseoir son influence, la Chine s’appuie sur des personnalités qui lui sont favorables et soutiennent financièrement le principal parti pro-Pékin. « Les poursuites et les persécutions semblent être la nouvelle norme pour le traitement des militants prodémocratie », affirme l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch dans un communiqué publié en janvier.

Que demandaient les manifestants de la « révolution des parapluies » ?

L’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif et de tous les membres du conseil législatif est inscrite dans la Loi fondamentale comme un « but ultime ». En 2007, Pékin annonce son instauration pour 2017. Mais la réforme électorale d’août 2014 prévoit finalement la désignation des deux ou trois candidats au poste par un comité de grands électeurs favorables à Pékin. Le mouvement prodémocratie Occupy Central with Love and Peace, initié en 2013, s’oppose à cette réforme et réclame une élection au suffrage universel « selon les standards internationaux ». En septembre 2014, il lance l’occupation du centre-ville, surnommée « révolution des parapluies » en raison des moyens utilisés par les manifestants pour se protéger des gaz lacrymogènes.

Quelle suite ses organisateurs ont-ils donné à leur action ?

Les manifestations s’essoufflent en décembre après des affrontements avec la police et des arrestations, sans que des concessions aient été obtenues. « Si le mouvement des parapluies est un échec, car Pékin n’a pas cédé, il a provoqué une prise de conscience et donné naissance à plusieurs partis politiques réclamant l’indépendance ou l’autodétermination », analyse Jean-Pierre Cabestan. Plusieurs leaders du mouvement, issus des nouveaux partis Demosisto ou Youngspiration, sont élus députés en septembre 2016. Deux membres refusent toutefois lors de leur serment de prêter allégeance à la Chine comme le veut le protocole, ce qui leur vaut une invalidation de leur mandat par la justice.

Sur quoi Xi Jinping a-t-il insisté lors de sa venue pour les 20 ans de la rétrocession ?

Le président chinois a effectué la première visite de son mandat à Hong Kong la semaine dernière, à l’occasion des 20 ans de la rétrocession de l’ex-colonie britannique. Il a assisté à l’investiture de la nouvelle chef de l’exécutif, Carrie Lam, élue en mars, qui a prêté serment devant lui. Il a déclaré que le territoire n’avait jamais bénéficié « d’autant de liberté et de démocratie », assuré que le principe « un pays, deux systèmes » ne serait pas remis en question, tout en mettant en garde l’opposition : « Toute activité qui met en danger la souveraineté et la sécurité de la Chine » est « un acte qui franchit une ligne rouge ». Les parapluies, symboles de la manifestation de 2014, étaient interdits dans les rues.