24 août 2017

Tout s’explique

La guerre contre la drogue de plus en plus contestée aux Philippines

Pourquoi la contestation de la guerre contre la drogue s’amplifie-t-elle ?

Le Sénat des Philippines a commencé aujourd’hui des auditions sur la mort d’un lycéen de 17 ans abattu par les forces de l’ordre le 16 août dans une opération contre le trafic de drogue. La semaine passée, au moins 80 personnes ont été tuées lors de raids menés par la police. Des images de vidéosurveillance montrent deux policiers entraînant le jeune homme peu avant sa mort. Les membres des forces de l’ordre, qui l’accusent d’être mêlé à un trafic de drogue, ont déclaré avoir agi en situation de légitime défense. Cette mort a suscité de nombreuses réactions de l’Église catholique, de la classe politique (y compris au sein de la majorité présidentielle) et de la population, une manifestation réunissant samedi entre 10 000 et 20 000 personnes à Manille.

Quel est le bilan de la guerre contre la drogue ?

Élu président en mai 2016 sur un programme fortement axé sur la sécurité, Rodrigo Duterte a affirmé que la police ne devait pas hésiter à tuer les trafiquants et appelé la population à se joindre à ce combat. La principale drogue consommée aux Philippines est la méthamphétamine. L’agence antidrogue philippine estime à 1,8 million le nombre d’usagers de drogues dans le pays, mais ils sont 4 millions selon le président. En juin, la police a déclaré que plus de 3 100 personnes étaient mortes dans le cadre d’opérations policières depuis juillet 2016. S’y ajoutent plusieurs milliers de personnes tuées officiellement par des gangs rivaux ou des groupes d’autodéfense. L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch accuse la police de mener des assassinats extrajudiciaires en invoquant à tort la légitime défense et de collaborer avec des tueurs.

Quelles sont les réactions internationales ?

En septembre 2016, le Parlement européen a condamné les meurtres extrajudiciaires aux Philippines et demandé leur arrêt. Alors président des États-Unis, Barack Obama a également critiqué les méthodes employées. L’Union européenne et le prédécesseur de Donald Trump se sont alors attiré les insultes de Rodrigo Duterte. En revanche, le nouveau président américain a estimé que le chef de l’État philippin faisait « un travail incroyable sur le problème de la drogue », selon la retranscription d’une conversation téléphonique en avril entre les deux dirigeants publiée par le Washington Post. En mai, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires a effectué une visite non officielle aux Philippines au cours de laquelle elle a condamné le recours à la violence pour combattre le trafic de drogue, provoquant la colère de Rodrigo Duterte.