25 août 2017

Tout s'explique

L’ancienne Première ministre thaïlandaise en fuite

Pourquoi l’ex-Première ministre était-elle jugée ?

Yingluck Shinawatra, Première ministre thaïlandaise de 2011 à 2014, ne s’est pas présentée aujourd’hui au verdict de son procès. Un mandat d’arrêt a été lancé à son encontre. Un responsable de son parti a déclaré à l’AFP qu’elle avait quitté le territoire mercredi. Elle avait été mise en examen mi-février dans une affaire de corruption relative à un programme de subvention du riz mis en place pendant son mandat. Ce programme, populaire dans les régions rurales où son parti est bien implanté, a laissé au pays des stocks massifs de riz invendu. Yingluck Shinawatra, qui risque 10 ans de prison, considère que cette politique permettait de venir en aide aux agriculteurs pauvres. L’annonce du verdict a été repoussée au 27 septembre.

Pourquoi avait-elle été destituée ?

Au pouvoir de 2001 à 2006, Thaksin Shinawatra, le frère de Yingluck, avait mis en place des programmes sociaux confortant sa popularité dans les zones rurales. Accusé de corruption, il a été renversé par un coup d’État et s’est exilé. Yingluck Shinawatra a pris le pouvoir en 2011 après la victoire de son parti aux élections. Fin 2013, elle s’est heurtée à des manifestations demandant son départ, auxquelles ont répondu ses partisans. Ces rassemblements ont pendant plusieurs mois perpétué un clivage opposant les « chemises jaunes », militants conservateurs et royalistes pour beaucoup issus des classes moyennes, et les « chemises rouges », pro-Shinawatra et issues du monde rural. Accusée d’abus de pouvoir dans le remplacement d’un haut fonctionnaire, Yingluck Shinawatra a été destituée en mai 2014 par la Cour constitutionnelle. L’armée a pris le pouvoir deux semaines plus tard.

La junte militaire a-t-elle prévu de céder le pouvoir ?

Les militaires ont promis de restituer le pouvoir à terme après des élections. À plusieurs reprises, ils ont reculé leur organisation. En début d’année, la junte a affirmé qu’elles auraient lieu fin 2018, sans préciser de date. En août 2016, elle a fait adopter par référendum une nouvelle Constitution réservant à l’armée le droit de nommer les membres du Sénat, la deuxième chambre, susceptible de jouer un rôle dans la nomination du Premier ministre. L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch dénonce une utilisation des lois contre la sédition, les crimes informatiques et la lèse-majesté pour multiplier les poursuites contre les opposants. Début août, un éditorialiste a été poursuivi pour sédition après avoir publié plusieurs messages sur Facebook critiquant la nouvelle Constitution et le procès de Yingluck Shinawatra.