1er septembre 2017

Tout s'explique

Annulation de l’élection présidentielle au Kenya

Pourquoi la Cour suprême du Kenya a-t-elle annulé l’élection présidentielle ?

La Cour suprême du Kenya a annoncé ce matin l’annulation de l’élection présidentielle du 8 août, à l’issue de laquelle le président sortant Uhuru Kenyatta avait été réélu avec 54,27 % des voix, contre son adversaire Raila Odinga. Saisie le 18 août par le camp perdant, la Cour suprême a estimé que les élections n’avaient « pas été conduites en accord avec la Constitution » en raison d’irrégularités dans la transmission des résultats par la Commission électorale. C’est la première fois qu’un tribunal suprême invalide le résultat d’une élection présidentielle en Afrique. Les observateurs internationaux présents lors de l’élection (dont des représentants de l’Union africaine et de l’Union européenne) n’avaient pourtant pas relevé de fraude.

Quelles sont les premières répercussions de cette décision ?

La Cour suprême ordonne à la Commission électorale d’organiser une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 60 jours, conformément à la Constitution. Lors d’une allocution à la télévision, Uhuru Kenyatta s’est dit « en désaccord » avec la décision, mais a déclaré la « respecter » et a appelé au calme. La coalition d’opposition rassemblée autour de Raila Odinga a salué une « décision historique ». Plusieurs milliers de ses soutiens ont exprimé leur joie dans les rues de la capitale Nairobi. Raila Odinga a déclaré ce matin être satisfait de la décision de la Cour suprême, mais n’avoir « aucune confiance » dans la Commission électorale pour organiser le nouveau scrutin. Dans un communiqué, cette instance, dont le président est nommé par le gouvernement, a annoncé qu’elle remplacerait une partie de son personnel.

Comment s’étaient déroulées les élections présidentielles précédentes ?

Cette décision remet en jeu la candidature de Raila Odinga, 72 ans, candidat d’opposition déçu lors des élections présidentielles de 1997, 2007 et 2013. Les résultats de 2007 avaient donné lieu à de violents affrontements au Kenya. La Commission électorale avait validé l’élection du président sortant Mwai Kibaki, avec 232 000 voix d’avance (sur près de 10 millions de votants). Raila Odinga avait dénoncé une fraude et des émeutes avaient éclaté dans plusieurs villes. Plus de 1 200 personnes avaient été tuées au cours de ces affrontements post-électoraux et environ 600 000 personnes avaient fui les violences. À nouveau battu en 2013, Raila Odinga avait cette fois saisi la Cour suprême pour contester les résultats des élections, mais sa demande avait été rejetée.