2 septembre 2017

On revient au début

L’éducation prioritaire en France

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a présenté mardi les principaux changements prévus pour la rentrée scolaire. Les 2 500 classes de CP situées dans les réseaux d’éducation prioritaire renforcés passeront de 24 à 12 élèves. L’objectif du gouvernement, à terme, est de réduire à 12 élèves l’ensemble des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire. Depuis quand la France dispose-t-elle d’un système d’éducation prioritaire ? Quels sont les objectifs affichés ? À quels moyens supplémentaires ont accès les zones définies ?

Pourquoi la France s’est-elle dotée d’un système d’éducation prioritaire ?

L’éducation prioritaire est née en France en 1981. Alain Savary, ministre de l’Éducation sous François Mitterrand, adresse alors une circulaire aux recteurs et inspecteurs d’académie pour leur demander de créer des zones prioritaires (devenues Zones d’éducation prioritaire, ZEP) afin de réduire le poids des inégalités sociales sur la réussite scolaire. « L’arrivée de la gauche au pouvoir marque la volonté d’aller plus loin dans la démocratisation de l’éducation, après l’instauration du collège unique en 1977 », résume pour Brief.me le sociologue Pierre Merle, spécialiste de l’éducation prioritaire. Il s’agit de mettre en place une discrimination positive pour « donner plus à ceux qui ont moins » afin de combler les écarts de réussite entre les élèves issus de différents milieux sociaux.

Sur quels critères les zones d’éducation prioritaire ont-elles été définies ?

Dans sa circulaire, Alain Savary propose de définir des ZEP en fonction de leur implantation géographique, de la composition socio-économique des familles, de la présence d’enfants étrangers ou non francophones, des retards scolaires ou des abandons de scolarité. Les critères sont approfondis dès 1982 en fonction du projet éducatif : les établissements doivent présenter des objectifs précis de formation de leur personnel, de modernisation de leurs équipements ou encore d’innovations pédagogiques. À la rentrée de 1982, on compte 350 ZEP, qui concernent environ 10 % des élèves en collège.

Pourquoi ont-elles été remplacées par des réseaux d’éducation prioritaire ?

L’éducation prioritaire connaît plusieurs réformes successives. En 1990, un renforcement du dispositif augmente le nombre des ZEP à 558. Il passe à 1 189 en 1999. Sont alors créés les Réseaux d’éducation prioritaire (REP) : ils regroupent collèges et écoles pour mutualiser leurs ressources pédagogiques et éducatives et associer à une ZEP des établissements dont la situation est moins difficile. En 2014, une nouvelle réforme abandonne les ZEP au profit des seuls REP. Sont alors créés des réseaux REP+, qui rassemblent des quartiers ou secteurs concentrant les plus grandes difficultés sociales ayant un impact sur la réussite scolaire. À la rentrée 2017, on compte 1 095 REP, dont 364 REP+.

De quels moyens supplémentaires disposent les établissements concernés ?

La création de postes supplémentaires dédiés à l’éducation prioritaire constitue dès 1981 la principale manifestation de cette politique. 11 000 postes d’enseignants et encadrants sont alors ajoutés. Ils visent à faire baisser l’effectif par classe (environ deux élèves de moins) et à mieux encadrer la vie scolaire. En 2013, le ministère de l’Éducation lance le dispositif « Plus de maîtres que de classes » qui permet d’avoir un professeur supplémentaire dans différentes classes d’une même école pour assister un autre enseignant. Davantage d’heures sont également libérées dans l’emploi du temps du personnel pour la formation, l’accompagnement des élèves (soutien, tutorat) et le travail collectif. Les dotations sont plus importantes pour l’achat de manuels scolaires ou l’attribution de bourses.

Quelles critiques sont adressées à ce système ?

L’objectif de réduction des écarts de réussite scolaire entre les différents milieux sociaux n’est pourtant pas rempli, selon plusieurs études. Dès 1997, un rapport commandé par l’Éducation nationale pointe les « effets ghetto » de l’éducation prioritaire, conduisant un enfant d’ouvrier à moins bien réussir à l’école en ZEP que hors ZEP. Les inégalités scolaires dépendant de l’origine sociale se sont même aggravées en France, selon les enquêtes Pisa sur le suivi des acquis des élèves menées par l’OCDE. Pour Pierre Merle, « ces handicaps sont presque créés par l’étiquette éducation prioritaire », qui a contribué à faire fuir des établissements ZEP et REP les bons élèves contribuant à la mixité (qui jouent sur les choix d’options pour pouvoir rejoindre des établissements hors zone d’éducation prioritaire) et les professeurs les plus expérimentés.

Quelle politique d’éducation prioritaire souhaite mener le gouvernement ?

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était engagé dans son programme à diviser par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 dans les REP et REP+, afin de réduire le nombre d’élèves qui quittent l’école primaire sans maîtriser les fondamentaux « lire, écrire, compter ». Le gouvernement prévoit d’atteindre progressivement cet objectif en 2019. Ce dispositif s’applique en cette rentrée 2017 aux 2 500 classes de CP en REP+, qui passent de 24 à 12 élèves. Le ministère de l’Éducation prévoit de l’étendre aux classes de CP en REP à la rentrée 2018, avec un début du dédoublement des classes de CE1 en REP+ et REP, avant d’atteindre l’objectif final en 2019.

D’autres pays ont-ils adopté un système d’éducation similaire ?

La politique d’éducation prioritaire française s’est inspirée d’autres systèmes similaires, mis en place aux États-Unis ou au Royaume-Uni dans les années 1960. Le Royaume-Uni expérimente à partir de 1967 les « Educational Priority Areas », remplacées depuis par d’autres dispositifs. La Belgique compte aussi des Zones d’éducation prioritaire depuis 1989 et le Portugal a délimité plusieurs territoires où concentrer ses efforts en 1996. À partir de 2003, la Suède a instauré un programme à destination des enfants de banlieues défavorisées, avec un enseignement du suédois approfondi ainsi que des enseignements bilingues notamment pour les mathématiques dans la langue d’origine de l’élève.