9 septembre 2017

On revient au début

L’essor du nucléaire en Corée du Nord

La Corée du Nord a affirmé dimanche avoir testé une bombe à hydrogène au moins cinq à six fois plus puissante que son essai précédent. La Corée du Sud estime que son voisin a acquis la capacité de miniaturiser une tête nucléaire, ce qui lui permettrait de la placer sur un missile balistique à longue portée. Quand le programme nucléaire nord-coréen a-t-il débuté ? Comment s’est-il accéléré ? Quel effet ont les sanctions internationales contre la Corée du Nord ?

Quand la Corée du Nord a-t-elle démarré son programme nucléaire ?

En 1952, au cours de la guerre de Corée qui oppose celle du Nord à son voisin du Sud, Kim Il-sung, grand-père de l’actuel dirigeant Kim Jong-un, inaugure une Académie des sciences avec un institut spécialisé dans le nucléaire. À partir de 1956, des scientifiques soviétiques y enseignent. Puis, en 1959, l’URSS signe un accord de coopération sur l’usage pacifique de l’énergie nucléaire avec la Corée du Nord, incluant de la formation et une assistance dans la construction d’un complexe de recherche nucléaire. En 1963 et 1964, la Corée du Nord demande à l’URSS et à la Chine de l’aider à développer une bombe atomique, ce qu’elles refusent. Les Nord-Coréens poursuivent néanmoins leurs recherches et réussissent leur premier essai en 2006.

Pourquoi les États-Unis en sont-ils la principale cible ?

L’animosité de la Corée du Nord vis-à-vis des États-Unis remonte à la guerre de Corée (1950-1953), lors de laquelle les Américains soutenaient la Corée du Sud. En 1953, les États-Unis menacent de mettre un terme au conflit en utilisant des armes nucléaires. « Face à cette première puissance militaire au monde, alliée avec la Corée du Sud, le sentiment d’insécurité du régime se renforce, ce qui conduit à une accélération du programme nucléaire », résume pour Brief.me Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste des deux Corée. Début août, la Corée du Nord a annoncé vouloir tirer des missiles sur l’île de Guam, dans le Pacifique, où est située une base militaire américaine.

Pour quelles raisons les essais se sont-ils multipliés ?

La Corée du Nord en est à son sixième essai nucléaire réussi depuis 2006, dont trois en moins de deux ans (janvier et septembre 2016, septembre 2017). Le développement du programme nucléaire s’est accéléré avec Kim Jong-un, au pouvoir depuis 2011. « Son objectif est de crédibiliser sa capacité de dissuasion le plus vite possible afin d’éviter toute intervention militaire sur le territoire. De plus, les prouesses technologiques lui permettent de renforcer la cohésion nationale et donc sa légitimité en interne. Le programme nucléaire est devenu une des garanties de la survie du régime », explique Antoine Bondaz. La chute de régimes autoritaires, comme en Irak ou en Libye, a également marqué la Corée du Nord, qui a déclaré en 2016 dans un communiqué que ce sort n’arrivait qu’aux pays qui « renoncent à leurs ambitions nucléaires ».

Comment la Corée du Nord a-t-elle réalisé des progrès techniques ?

L’URSS a progressivement suspendu son soutien au développement du programme nucléaire nord-coréen vers la fin des années 1980. Dans les années 1990, la Corée du Nord a pu bénéficier de technologies, d’équipements et de renseignements par l’intermédiaire d’un marché noir mis en place par l’ingénieur pakistanais Abdul Qadeer Khan, à l’origine du développement de la bombe nucléaire dans son pays. La Corée du Nord s’est depuis largement reposée sur ses scientifiques et ses étudiants ayant poursuivi des études à l’étranger, surtout en Chine, en physique ou mathématiques appliquées.

Quelle est la particularité du dernier essai ?

La Corée du Nord a effectué dimanche un test qui démontre des capacités nucléaires de plus en plus grandes. Le régime a affirmé qu’il s’agissait d’une « bombe à hydrogène pouvant équiper un missile balistique intercontinental ». Cette bombe est, selon les estimations, au moins cinq à six fois plus puissante que lors de l’essai précédent, avec une puissance allant de 50 kilotonnes à une centaine de kilotonnes (contre 12 à 18 kilotonnes pour la bombe américaine lâchée sur Hiroshima au Japon en 1945). Le ministre de la Défense sud-coréen a estimé lundi que la Corée du Nord, qui a lancé trois missiles intercontinentaux en moins de trois mois, dont le dernier le 29 août, était désormais capable de les doter de têtes nucléaires.

Comment les essais annoncés sont-ils vérifiés ?

Lorsque la Corée du Nord annonce avoir procédé à un essai nucléaire, « on n’a pas de moyens pour vérifier l’exactitude des informations fournies », reconnaît Antoine Bondaz. Les renseignements émanant du pays proviennent en effet essentiellement de son agence de presse officielle, l’un des outils de propagande du régime. Mais « selon l’intensité du séisme et une modélisation prenant en compte les caractéristiques du lieu de l’essai, comme sa profondeur ou la nature des roches, on parvient à une estimation de la puissance de la bombe qui a explosé », ajoute-t-il. Néanmoins, « en fonction des modèles mathématiques utilisés, il peut y avoir des différences importantes, c’est pour ça qu’il y a rarement de consensus sur la puissance d’une bombe qui a explosé ».

Quelles sanctions ont été adoptées contre la Corée du Nord ?

Depuis le premier essai nucléaire réussi en 2006, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté sept résolutions imposant des sanctions à la Corée du Nord. La première demandait au régime nord-coréen d’interrompre son programme nucléaire et interdisait l’exportation de matériels militaires vers le pays. La plupart des sanctions adoptées par la suite ont été économiques. La septième résolution, adoptée le 5 août, suspend les importations de fer, de charbon, de plomb et de produits issus de la pêche en provenance de la Corée du Nord. Les États-Unis, l’Union européenne, la Corée du Sud et le Japon ont également pris des mesures à l’encontre de la Corée du Nord. Ces sanctions ne dissuadent pas le régime de développer son programme nucléaire.