11 septembre 2017

Tout s’explique

L’ONU dénonce un « nettoyage ethnique » des Rohingyas

Pourquoi les Nations unies parlent-elles de « nettoyage ethnique » ?

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a qualifié aujourd’hui la répression des Rohingyas en Birmanie d’« exemple classique de nettoyage ethnique ». Il évalue à 313 000 le nombre de membres de cette minorité musulmane « arrivés au Bangladesh depuis le 25 août ». Il dit s’appuyer sur « de multiples rapports et des images satellites montrant des forces de sécurité et des milices locales brûlant des villages rohingyas, et des informations cohérentes faisant état d’exécutions extrajudiciaires, y compris de tirs sur des civils en fuite ». Il n’existe pas de définition juridique universelle du « nettoyage ethnique ». L’ONU, en 1992, l’a caractérisée comme une pratique « qui consiste à rendre une zone ethniquement homogène en utilisant la force ou l’intimidation ».

Dans quel contexte cette répression est-elle née ?

La répression des Rohingyas s’est accélérée fin août, après l’attaque d’une vingtaine de postes de police par une milice armée rohingya, l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (Arsa). Depuis 2012, plusieurs vagues de violence à l’égard de cette minorité musulmane (dans un pays à majorité bouddhiste) avaient déjà poussé des dizaines de milliers de ses membres à fuir. Les Rohingyas vivent depuis plusieurs générations dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie, mais sont considérés comme apatrides, une loi leur ayant retiré la citoyenneté birmane en 1982. En 1978, plus de 200 000 avaient fui le pays au moment d’une campagne de recensement. L’enrôlement d’une partie d’entre eux dans des travaux forcés avait conduit à un nouvel exode de 1991 à 1992.

Quelle réponse apportent les autorités birmanes ?

Les rebelles rohingyas de l’Arsa ont annoncé dimanche un cessez-le-feu unilatéral, déclarant mettre fin aux « opérations militaires offensives » jusqu’au 9 octobre. Invité à faire de même, le gouvernement birman a rejeté cette idée, affirmant « ne pas négocier avec des terroristes ». Les autorités birmanes ont annoncé samedi la mise en place de camps d’accueil pour les musulmans rohingyas fuyant les violences. La présidente du parti au pouvoir, Aung San Suu Kyi avait dénoncé mercredi un « iceberg de désinformation » à propos des violences contre les Rohingyas, tout en affirmant s’engager à ce que « tous les habitants » en Birmanie « voient leurs droits protégés ». Il s’agissait de sa première réaction aux exactions menées depuis août. La prix Nobel de la paix 2014, Malala Yousafzai, l’avait exhortée lundi dernier à prendre position.