16 septembre 2017

On revient au début

Le bilan d’Angela Merkel

À l’issue des élections législatives du 24 septembre, les députés allemands du Bundestag devront élire leur représentant à la chancellerie. À ce poste depuis 2005, la conservatrice Angela Merkel est candidate à sa réélection pour un quatrième mandat. Comment est-elle parvenue à la tête du gouvernement allemand ? Quelles sont les mesures phares de ses mandats ? Quelles concessions a-t-elle accordées à la gauche ?

Comment Angela Merkel accède-t-elle à la chancellerie en 2005 ?

Née en 1954 à Hambourg, Angela Merkel grandit en Allemagne de l’Est. Après avoir soutenu une thèse en physique, elle intègre le parti chrétien-démocrate de la CDU en 1990 et en devient présidente en 2000. Elle se présente à la chancellerie en 2005. Son parti remporte les législatives avec 35,2 % des voix. La CDU ne dispose pas de la majorité absolue et n’a que quatre sièges d’avance sur le parti social-démocrate (SPD), avec lequel une coalition s’impose alors. Les deux formations s’entendent sur la désignation d’Angela Merkel à la chancellerie. Le Bundestag vote en faveur de son gouvernement de coalition et elle devient la première chancelière d’Allemagne.

De quelle manière assume-t-elle l’héritage de son prédécesseur Gerhard Schröder ?

Lors de son discours de politique générale au moment de sa prise de fonction, Angela Merkel salue les réformes engagées par son prédécesseur Gerhard Schröder en 2003 pour dynamiser une économie allemande qui stagne depuis 2001. Le SPD au pouvoir a libéralisé le droit du travail, baissé les prestations sociales et repoussé l’âge de la retraite. Quand Angela Merkel arrive à la chancellerie, plus de 5 millions de personnes sont encore au chômage en Allemagne, soit 11 % de la population active. Elle instaure une hausse de la TVA qui lui permet de diminuer les cotisations sociales et ainsi de baisser le coût du travail.

Comment se porte l’économie allemande depuis sa première élection ?

Depuis son arrivée au pouvoir, l’économie allemande s’est largement relevée, et ce malgré les effets de la crise de 2008. L’Allemagne a enregistré en 2016 une croissance de 1,9 % du PIB, son record depuis cinq ans. Elle a connu, pour la troisième année consécutive, un excédent budgétaire atteignant près de 24 milliards d’euros. C’est « le plus important surplus enregistré depuis la réunification » du pays en 1990, selon l’office des statistiques allemand Destatis. Le taux de chômage est aussi au plus bas depuis la réunification. En juillet, 1,55 million de personnes étaient sans emploi, soit 3,7 % de la population active. Le chômage a donc été réduit de deux tiers depuis l’élection d’Angela Merkel à la chancellerie en 2005.

Quelles concessions a-t-elle accordées à la gauche ?

À deux reprises (2005-2009 et 2013-2017), Angela Merkel dirige une grande coalition formée avec le SPD, dont elle embrasse certaines idées. En 2013, elle consent à la création d’un salaire minimum. Opposée à la sortie du nucléaire prônée par Schröder (prévue pour 2022), elle fait volte-face en 2011 après la catastrophe de Fukushima. En juin 2017, elle se montre favorable à un débat sur un projet de loi sur le mariage pour tous, adopté à une large majorité au Parlement, bien qu’elle vote contre. « C’est moins des concessions que l’exemple de son sens du consensus. Angela Merkel évalue ce qui est faisable ou pas, parfois contre l’avis de ses conseillers, pour faire avancer l’Allemagne », résume pour Brief.me Jérôme Vaillant, professeur émérite et spécialiste de l’Allemagne à l’université Lille-III.

Quelle opposition rencontre-t-elle ?

« Par ses compromis, Angela Merkel évite les oppositions trop fortes. Et il est difficile de s’opposer de front à sa politique menée avec les sociaux-démocrates dans un contexte où la situation économique est favorable », explique Jérôme Vaillant. La chancelière est néanmoins critiquée par le parti de gauche Die Linke et par le SPD sur la montée de la précarisation. Sa gestion de la crise migratoire en 2015, avec l’arrivée de 1,1 million de migrants sur le territoire cette année-là, est contestée par son aile droite et par le parti d’extrême droite AfD, créé en 2013. « D’abord anti-européen », selon Jérôme Vaillant, l’AfD, « devenu essentiellement xénophobe » depuis cette crise, est remonté ces derniers mois dans les intentions de vote après une baisse en fin d’année dernière.

Quel rôle joue-t-elle dans l’Union européenne ?

Durant ses trois mandats, les prises de position d’Angela Merkel ont pesé sur la politique européenne. Au cours des négociations sur la crise grecque, elle s’est opposée à plusieurs reprises à une restructuration de la dette, réclamant toujours plus de mesures de réduction des dépenses. Un troisième plan d’aide a finalement été adopté en 2015, avec d’autres réformes en contrepartie. Angela Merkel est également à l’origine de la création en 2015 de quotas pour répartir dans tous les pays membres les migrants arrivés dans l’UE. En septembre 2016, elle a constaté l’échec de ce mécanisme, auquel s’opposent toujours plusieurs pays comme la Slovaquie ou la Hongrie. Sur les 160 000 migrants concernés par le plan initial, seuls 24 000 demandeurs d’asile ont bénéficié de ce dispositif.

À quoi correspond le verbe « merkeln », basé sur son nom ?

En Allemagne, un verbe tiré du nom de famille de la chancelière a fait son apparition : « merkeln ». Défini comme « ne rien faire, ne pas prendre de décision », il est arrivé en 2015 deuxième d’un sondage auprès de jeunes Allemands, organisé par l’éditeur de dictionnaires Langenscheidt, pour élire le « mot jeune de l’année ». Largement repris dans les médias, mais peu adopté dans le langage courant selon Jérôme Vaillant, il synthétise la pratique de la politique d’Angela Merkel : « Elle ne dit pas grand-chose, ne prend pas de décision rapide et pioche ce qu’il y a de meilleur dans les idéologies existantes pour les faire siennes. »