23 septembre 2017

On revient au début

Controverse autour de la pilule contraceptive

L’AFP a annoncé mardi que le parquet de Paris avait classé en juin une enquête ouverte en 2013 après les plaintes de plusieurs femmes estimant subir des effets secondaires et avoir des séquelles liées à la prise de pilules contraceptives de troisième et quatrième générations. Selon des enquêtes menées en 2010 et 2013, le recours à la pilule comme moyen de contraception est passé de 50 % à 41 %. Quand la pilule est-elle devenue un moyen contraceptif courant ? À quoi correspondent les pilules de troisième et quatrième générations ? Pourquoi les femmes se détournent-elles de la pilule ?

Comment la pilule s’est-elle répandue comme moyen de contraception ?

La pilule contraceptive est mise au point aux États-Unis en 1956, où sa commercialisation est autorisée quatre ans plus tard. En France, la loi Neuwirth, adoptée en 1967, légalise la contraception et l’usage de la pilule. En 1974, une loi ouvre le remboursement de la contraception par la Sécurité sociale et permet de l’obtenir gratuitement, anonymement et sans autorisation parentale pour les mineures. Entre 1970 et 1975, la proportion de femmes de 15 à 49 ans y ayant recours passe de 6,6 % à 23,3 %. En 2000, c’est la méthode de contraception la plus répandue, utilisée en France par 45,4 % des femmes en âge de procréer, selon l’Institut national d’études démographiques (Ined).

De quand datent les premiers mouvements de méfiance vis-à-vis de la pilule ?

En 1969, la journaliste américaine Barbara Seaman publie « The Doctors’ Case Against the Pill » dans lequel elle dénonce les risques pour la santé (crises cardiaques, caillots de sang, etc.) auxquels s’exposent les femmes prenant la pilule et dont elles ne sont pas informées. Ce livre donne lieu à une série d’auditions au Sénat l’année suivante. Alors que la pilule était devenue dès 1965 le contraceptif le plus utilisé aux États-Unis, les ventes chutent de 24 % entre 1975 et 1979 au profit de la vente de diaphragmes et de la pose de stérilets. En France, le premier mouvement de recul ne se manifeste qu’au milieu des années 2000 : l’usage de la pilule passe de 45,4 % en 2000 à 40,6 % en 2010, selon une enquête de l’Ined.

Quels sont les effets secondaires ou les contraintes invoqués ?

À l’issue des auditions au Sénat américain, toute plaquette de pilules doit être accompagnée d’une notice d’information sur les effets secondaires, comme des maux de tête, des nausées, une prise de poids, de l’acné ou une perturbation des cycles menstruels. De nouvelles pilules, avec des doses d’hormones moins fortes, sont élaborées pour les contrer. L’Organisation mondiale de la santé recense toujours des effets secondaires, ainsi que de potentiels risques pour la santé, toutefois rares, comme des attaques cérébrales et cardiaques ou la formation de caillots de sang dans les veines ou les poumons pouvant donner lieu à des thromboses veineuses ou des embolies pulmonaires.

Qu’est-ce que les pilules de troisième et quatrième générations ?

Il existe plusieurs générations de pilules qui se distinguent par leur formulation et leur dosage. La plupart des contraceptifs oraux reposent sur l’utilisation de deux hormones, un œstrogène et un progestatif. C’est la nature de ce dernier qui diffère d’une génération à l’autre. Les pilules de troisième génération sont commercialisées à partir de 1984, celles de quatrième génération à partir de 2001. Elles sont élaborées dans le but de réduire des effets secondaires liés aux composants de la pilule, comme l’acné ou la pilosité en particulier. En 2011, les pilules de troisième et quatrième générations représentaient 50 % des ventes de pilules en France, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Pourquoi ont-elles fait l’objet d’une controverse ?

Fin 2012, une jeune femme porte plainte contre le laboratoire Bayer et l’ANSM. Victime d’un accident vasculaire cérébral qui l’a rendue hémiplégique, elle les assigne en justice pour avoir respectivement créé et contribué à la commercialisation d’une pilule de troisième génération qu’elle accuse d’être à l’origine de son accident. L’affaire est largement médiatisée et 130 plaintes similaires sont déposées, visant 29 marques de pilules de troisième et quatrième générations. Le parquet de Paris a classée l’enquête en juin, a révélé l’AFP mardi. Les magistrats estiment qu’il n’y a pas assez d’éléments pour « caractériser » une infraction pénale. L’avocat de 84 des plaignantes a déposé mardi de nouvelles plaintes avec constitution de partie civile.

Dans quelle mesure cette controverse a-t-elle détourné les femmes de la pilule ?

Dès 1995, l’Agence européenne des médicaments avait signalé des risques plus élevés de thrombose et d’embolie pulmonaire avec les pilules de troisième et quatrième génération. Un avis repris en 2007 en France par la Haute Autorité de santé, sans véritable effet sur les prescriptions. Le débat ouvert fin 2012 donne lieu à l’arrêt de leur remboursement en mars 2013. L’Ined, qui a évalué l’impact de cette affaire et du déremboursement, constate que le recours à la pilule a baissé, « passant de 50 % à 41 % entre 2010 et 2013 », prolongeant ainsi la baisse entamée au milieu des années 2000. « Cette crise a jeté l’opprobre sur toutes les pilules, analyse pour Brief.me Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial. C’est dommage, parce qu’elles n’étaient pas toutes concernées. Mais cela a permis de mettre l’accent sur la nécessité d’une information complète sur les moyens de contraception pour permettre de faire des choix éclairés. »

Quels moyens alternatifs ont alors été privilégiés ?

« L’aspect positif, c’est que cela a diversifié les choix et rendu les femmes plus exigeantes pour trouver une contraception qui leur correspond. Car aucune méthode de contraception n’est efficace à 100 % ou sans effet secondaire », estime Véronique Séhier. Près d’une femme sur cinq a ainsi changé de contraceptif depuis le débat de 2012-2013, affirme l’Ined. La pilule reste le moyen de contraception le plus utilisé en France, mais le recours aux autres méthodes a augmenté. En 2013, 22,6 % des femmes utilisaient un stérilet, 15,3 % un préservatif, 9,5 % le retrait ou des méthodes dites « naturelles » de mesure de la température et 4,5 % des dispositifs hormonaux comme l’implant ou le patch contraceptif.