7 octobre 2017

On revient au début

Les revendications indépendantistes en Catalogne

Une grève générale a été organisée mardi en Catalogne à l’appel de plusieurs syndicats dénonçant les violences policières commises lors du référendum d’indépendance du 1er octobre. Quelles sont les motivations des indépendantistes ? À quand remontent leurs revendications ? Quels arguments leur oppose le pouvoir central espagnol ?

Depuis quand se manifestent des revendications indépendantistes en Catalogne ?

Après avoir été successivement sous l’autorité de plusieurs royaumes, la Catalogne passe dans le giron espagnol en 1714. Le territoire, qui disposait depuis le XIIIe siècle de ses institutions et de sa propre Constitution, perd ses privilèges. Le castillan est imposé dans l’administration. Le premier parti indépendantiste, État catalan, apparaît en 1922. « À l’issue de la Première Guerre mondiale, la Catalogne, très industrialisée, a le sentiment d’être spoliée par la capitale administrative. Les revendications indépendantistes, en plus d’être culturelles et linguistiques, ont dès le départ un fond financier », explique à Brief.me Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste des questions ibériques.

Pourquoi se sont-elles accentuées à partir de 2010 ?

La Catalogne, qui avait retrouvé une relative autonomie en 1932, la perd sous la dictature de Franco en 1939 et ne la récupère qu’en 1979. « Après cette oppression, les Catalans ont systématiquement cherché à élargir leurs compétences », précise Jean-Jacques Kourliandsky. En 2006, une nouvelle coalition au Parlement catalan négocie un statut d’autonomie, qui reconnaît la nation catalane. Validé par le Parlement espagnol, puis par référendum dans la région, il est contesté par le Parti populaire (droite) devant le Tribunal constitutionnel de Madrid. En 2010, cette juridiction annule ses principales dispositions, déclenchant une manifestation d’ampleur, avec plus d’un million de personnes. En 2014, l’exécutif local annonce un référendum d’indépendance, interdit par la justice espagnole, et le transforme en consultation citoyenne non contraignante.

Quelles sont les différentes formations indépendantistes ?

Depuis 2015, les partis indépendantistes disposent de la majorité des sièges au Parlement catalan. La coalition qui rassemble le Parti démocrate européen catalan (Pdecat) et la Gauche républicaine catalane (ERC) est également alliée au parti de gauche radicale Candidature d’unité populaire (CUP). Leurs revendications ne sont pas alignées [€] . « Le Pdecat, parti libéral de centre droit, était autonomiste avant de basculer vers l’indépendantisme après 2010, analyse Jean-Jacques Kourliandsky. L’ERC, traditionnellement indépendantiste, avait de son côté accepté un compromis en 2006 autour du statut d’autonomie. La CUP pousse quant à elle à l’indépendance tout de suite et sans concession. »

De quelle autonomie dispose déjà la région ?

La Catalogne a bénéficié, de 1932 à 1939 et depuis 1979, d’un statut de « communauté autonome » lui garantissant certaines libertés. La région dispose alors de ses propres gouvernement, Parlement et forces de l’ordre. Elle gère les questions d’éducation, de santé, de sécurité et les services sociaux, mais dépend du pouvoir central en matière de défense, de justice, de relations internationales et de fiscalité. Le catalan, durement réprimé sous Franco, est reconnu comme une des deux langues officielles de la région, avec le castillan. La Catalogne s’est cependant vu refuser en 2012 par le gouvernement espagnol la possibilité de collecter elle-même ses impôts auprès de ses contribuables, comme au Pays basque.

La Catalogne a-t-elle les moyens économiques de son indépendance ?

La Catalogne concentre 16 % de la population espagnole (7,5 millions d’habitants), produit 20 % de la richesse du pays et 25 % de ses exportations. En 2016, son PIB s’élevait à 224 milliards d’euros, en faisant la région la plus riche d’Espagne, mais sa dette atteint 35,2 % de son PIB. Le taux de chômage est de 13,2 %, contre 17,2 % dans le reste du pays. La Catalogne est la première région touristique du pays, avec 18 millions de visiteurs en 2016. Cette semaine, plusieurs entreprises ont déclaré leur intention de déplacer leur siège hors de la région. L’indépendance entraînerait sa sortie de l’Union européenne, a déclaré jeudi le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, « car l’Union européenne ne connaît qu’un État membre, qui est l’Espagne ».

Qui sont les Catalans opposés à l’indépendance ?

Trois autres partis présents au Parlement catalan – la formation centriste Ciudadanos, le Parti des socialistes catalans (PSC) et le Parti populaire (PP) – sont opposés à l’indépendance. « Leur problème, à la différence des indépendantistes, c’est qu’ils sont divisés, commente Jean-Jacques Kourliandsky. Ciudadanos et le PP ne veulent rien céder sur l’indépendance alors que le PSC est pour la reconnaissance de la Catalogne comme nation et la fédéralisation de l’Espagne. » D’après un sondage publié en juillet par le Centre d’études d’opinion, dépendant de l’exécutif catalan, 49,4 % des Catalans s’opposaient à l’indépendance de leur région, contre 41,1 % de personnes y étant favorables. La plupart des opposants ont préféré boycotter le référendum du 1er octobre, considéré comme illégal par Madrid.

Quelle a été la réponse du gouvernement espagnol face au référendum ?

Le gouvernement espagnol, dirigé depuis 2011 par le président du Parti populaire Mariano Rajoy, refuse toute négociation avec les indépendantistes et s’est montré résolument opposé au référendum sur l’indépendance de la Catalogne. « Du point de vue idéologique, le PP est attaché à l’unité de l’Espagne et son électorat est sur la même ligne. Plus il se montre ferme à l’égard des indépendantistes, plus il consolide sa base électorale », résume Jean-Jacques Kourliandsky. Le parquet a ordonné aux policiers de la région d’empêcher la tenue du scrutin et a poursuivi une quinzaine de dirigeants séparatistes. Le vote a été marqué par des violences policières. À l’annonce des résultats, Mariano Rajoy a déclaré : « Il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne. »