28 octobre 2017

On revient au début

L’accueil des migrants en France

L’Office français de l’immigration et de l’intégration a publié vendredi 20 octobre son rapport d’activité pour 2016 dans lequel l’agence gouvernementale fait le point sur l’accueil réservé aux migrants en France. Un an après le démantèlement du camp de Calais en octobre 2016, 42 % des 7 400 personnes évacuées ont obtenu l’asile, selon ses données. Qu’est-il advenu des solutions d’accueil comme les camps de Grande-Synthe et de Calais ? Quelles solutions de relogement sont proposées aux migrants ? Que souhaite mettre en place Emmanuel Macron pour leur accueil en France ?

Quelles sont les causes de la crise migratoire actuelle ?

L’afflux de réfugiés qu’a connu l’Europe ces dernières années est principalement dû au déclenchement en 2011 d’une guerre civile en Syrie et aux violences subies par les populations en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Érythrée ou au Soudan. L’immigration augmente fortement en Europe en 2014 avec l’enlisement du conflit syrien et encore davantage en 2015. Plus d’un million de personnes rejoignent le continent cette année-là, soit six fois plus qu’en 2010, la grande majorité arrivant par les côtes grecques après une périlleuse traversée depuis la Turquie. En France, le nombre de demandeurs d’asile augmente dans des proportions moins élevées : + 55 % entre 2010 et 2015. Alors que le pays accueillait un demandeur d’asile sur cinq en Europe en 2010, il n’en accueille plus en 2015 qu’un sur 15.

Comment s’est développée la « jungle » de Calais ?

Entre 1999 et 2002, un camp ouvert par l’État accueille à Sangatte (Pas-de-Calais) des migrants tentant de rejoindre l’Angleterre. Malgré sa fermeture, les migrants continuent à affluer. Se retrouvant sans solution d’hébergement, ils s’installent progressivement dans les alentours, notamment dans des forêts. Le terme de « jungle » apparaît à cette époque, par déformation du mot « jangal », qui signifie « forêt » en persan et en pachtoune. Après la forte augmentation du nombre de migrants en 2014, la ville de Calais ouvre en avril 2015 un centre d’accueil de jour, baptisé Jules-Ferry, autour duquel se développe une zone comprenant un grand camp près du port de Calais et d’autres plus petits le long de plusieurs aires d’autoroute.

Quelles mesures d’urgence sont prises pour améliorer l’accueil des réfugiés ?

En plus de la « jungle » de Calais, d’autres campements de fortune voient leur population augmenter fortement en France entre 2014 et 2015 avec l’afflux migratoire, comme à Paris ou dans la commune de Grande-Synthe, près de Dunkerque. Les conditions sanitaires y sont déplorables. Pour y remédier, le centre Jules-Ferry de Calais propose gratuitement aux migrants un repas quotidien, des douches, des toilettes ou une laverie. En janvier 2016, des conteneurs chauffés capables d’accueillir 1 500 migrants sont mis en place en lisière de la « jungle ». Deux mois plus tard, le maire EELV de Grande-Synthe s’associe avec l’ONG Médecins sans frontières pour construire dans sa commune, malgré l’opposition de la préfecture du Nord, un camp humanitaire capable d’héberger de jour comme de nuit environ 1 000 personnes. En novembre 2016, Paris ouvre un camp de 400 places porte de la Chapelle, dans le nord de la ville.

Pourquoi les camps de Calais et Grande-Synthe ont-ils été démantelés ?

L’État démantèle la partie sud de la « jungle » en février 2016 en invoquant les « conditions indignes » dans lesquelles vivent les migrants. Huit mois plus tard, le reste de la zone, où vivent encore 7 400 personnes, est à son tour évacué. Le camp de Grande-Synthe voit alors sa population passer de 700 migrants à plus de 1 300. Les conditions se dégradent rapidement et de fortes tensions apparaissent entre communautés. En mars 2017, le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, parle de phénomènes « inacceptables », tels que des « rançons » pour « limiter l’accès » à des installations comme les douches. Il menace de fermer le camp. En avril, une rixe entre migrants dégénère et provoque l’incendie du camp, qui ne sera pas reconstruit.

Quelles solutions de relogement ont été proposées aux migrants ?

Le nombre de places dans les Centres d’accueil pour demandeurs d’asile – où les migrants sont hébergés une fois leur demande d’asile effectuée – étant largement insuffisant pour faire face à l’afflux de migrants, la France ouvre à partir d’octobre 2015 des Centres d’accueil et d’orientation (CAO). Répartis sur le territoire, ils sont destinés à offrir un abri décent aux migrants n’ayant pas encore déposé leur demande d’asile et à les inciter à le faire. Au total, 450 centres et plus de 11 000 places d’hébergement sont créés en un peu plus d’un an. Mis en place pour répondre à l’urgence, les CAO ont vocation à être temporaires. Fin 2017, leur nombre a déjà été divisé par deux. Sur les 7 400 personnes évacuées de Calais, plus de la moitié ont obtenu le statut de réfugié et se sont installées en France, selon l’association France Terre d’asile. 30 % attendent encore une réponse de l’État et les autres ont vu leur demande rejetée.

Y a-t-il encore des camps de migrants aujourd’hui en France ?

S’il n’existe plus, aujourd’hui, de camps d’ampleur comparable à la « jungle » de Calais, des camps de fortune apparaissent régulièrement. À Calais, « 500 à 600 personnes en permanence vivent dans une grande précarité puisque les dispositifs sanitaires et sociaux ont été supprimés », a déclaré cette semaine sur France 5 Pierre Henry, président de l’association France Terre d’asile. Plusieurs associations y dénoncent une « chasse » aux migrants menée par les forces de l’ordre. À Paris, le camp de la porte de la Chapelle a rapidement été débordé. En août, la police a évacué plusieurs milliers de personnes rassemblées dans un campement de fortune à proximité, la 35e opération de ce type en deux ans.

Que propose Emmanuel Macron pour résoudre la situation ?

Le président de la République insiste sur des mesures visant à réduire le nombre de migrants entrant sur le territoire. Il a annoncé cet été vouloir mettre en place un dispositif pour que les demandes d’asile soient étudiées depuis les pays d’émigration, en particulier en Afrique, afin de décourager les personnes non éligibles de tenter la traversée de la Méditerranée. L’une de ses promesses de campagne prévoit de réduire à six mois le délai d’examen des demandes d’asile et de faciliter l’expulsion des requérants refusés. Le gouvernement a annoncé en juillet qu’il souhaitait d’ici 2019 augmenter de 7 500 le nombre de places d’accueil disponibles dans les centres pour demandeurs d’asile. Il a également affirmé vouloir doubler les heures de cours de français qui sont dispensées aux nouveaux migrants pour favoriser leur intégration.