4 novembre 2017

On revient au début

Le secteur bancaire bousculé par de nouveaux acteurs

Le premier opérateur téléphonique français, Orange, a lancé jeudi son offre bancaire sur mobile. Il rejoint d’autres services créés récemment, comme le compte C-Zam de Carrefour ou la banque mobile allemande N26. Qu’est-ce qui incite ces concurrents des banques traditionnelles à se lancer ? Comment réagissent ces dernières ? Quelles sont les conséquences pour l’emploi dans le secteur ?

Quand sont apparues les premières banques en ligne ?

Les banques traditionnelles commencent à proposer des services à distance au début des années 1980. La banque Cortal est la première en France à permettre à ses clients d’accéder à des informations de placement par téléphone ou via le Minitel. Puis le groupe Paribas fonde en 1994 la Banque directe, la première banque en ligne française, inspirée par des initiatives similaires en Allemagne et au Royaume-Uni. Banque directe réalise l’ouverture du compte et toutes les opérations bancaires à distance (téléphone, Minitel, fax ou courrier à ses débuts, puis Internet). Sans guichet et accessible en permanence, elle pratique des tarifs beaucoup plus abordables.

Comment ont-elles évolué ?

Le groupe néerlandais ING, spécialisé dans la banque et l’assurance, lance en 2000 la filiale française de sa banque en ligne ING Direct. Plusieurs groupes d’assurance se lancent dans le secteur au début des années 2000 : apparaissent ainsi Banque AGF (devenue Allianz Banque) et Groupama Banque, tandis qu’Axa rachète Banque directe. Le site spécialisé dans le courtage en ligne Boursorama s’y met également en 2005. Ces banques offrent désormais des moyens de paiement (cartes et parfois chéquiers), la possibilité d’effectuer des virements, des prélèvements en ligne, d’ouvrir des comptes épargne rémunérés ou de bénéficier de prêts immobiliers.

Qu’est-ce qu’une « néobanque » ?

Une « néobanque », également appelée banque « digitale » ou mobile, se distingue par la priorité donnée à un accès via une application mobile. Un compte peut y être ouvert quasi instantanément, sans condition de revenus, avec une carte bancaire associée. Soon, lancée par Axa Banque en 2014, est la première des « néobanques » du marché français, suivie depuis par N26 et Morning. Maxime Chipoy, responsable du comparateur en ligne Meilleurebanque.com, contacté par Brief.me, met en garde contre ce terme « marketing » et souligne qu’il s’agit d’établissements de paiement, car « ils ne permettent pas de faire du crédit ou du découvert ». Ce qui n’est pas le cas d’Orange Bank, lancée jeudi, qui se présente comme une banque mobile, mais dispose des mêmes offres qu’une banque classique.

Quelle est la particularité de services comme le Compte-Nickel ou la carte C-Zam ?

Comme les nouvelles banques mobiles, le Compte-Nickel et le Compte C-Zam de Carrefour, lancés en 2014 et 2017, proposent aussi un compte sans condition de ressources et sans autorisation de découvert. Le premier est accessible chez un buraliste et le second dans les magasins Carrefour. Le Compte-Nickel, à son lancement, s’adressait en particulier aux personnes en difficulté financière ou en situation d’interdit bancaire. « Il est plus facile pour certains de passer la porte d’un buraliste que d’une banque, explique à Brief.me Matthieu Robin, chargé de mission sur le secteur financier à l’association UFC-Que Choisir. D’autant que les banques ne respectent pas assez leur obligation, depuis 2014, de présenter une offre spécifique à bas coût destinée au public fragilisé financièrement. »

Quelles sont les limites de ces nouvelles banques ?

Pour Maxime Chipoy, ces nouvelles formes de banques présentent des limites : « Il faut que les clients soient très autonomes pour réaliser leurs opérations seuls sans frais supplémentaires, elles n’offrent pas tous les produits que propose une banque traditionnelle, comme de l’épargne ou du crédit, et elles ne conviennent pas à ceux qui utilisent beaucoup les chèques et les espèces, car leur dépôt est plus difficile ou occasionne des frais. » Entre 2015 et 2016, la part des Français détenant un compte dans une banque en ligne est cependant passée de 8,3 % à 10 % des clients, selon un sondage des cabinets d’études Simon Kucher & Partners et Research Now publié en mars.

Pourquoi de nouveaux acteurs s’intéressent-ils au secteur bancaire ?

Après les assurances puis la grande distribution, le groupe de téléphonie Orange s’est lui aussi lancé dans le secteur bancaire avec Orange Bank après son rachat de Groupama Banque l’an dernier. Ces entreprises voient là une occasion de « fidéliser leurs clients en proposant en plus de leurs services une offre bancaire », explique Maxime Chipoy. Cela passe notamment par l’exploitation des données auxquelles elles ont ainsi accès : « Pour la grande distribution, l’avantage c’est de tout savoir sur les entrées et sorties d’argent de ses clients, pour mieux leur faire des offres de réduction adaptées. » Cette fidélisation est l’atout principal, car « aucune banque en ligne n’est aujourd’hui rentable, la tarification défiant toute concurrence », souligne-t-il.

Que mettent en place les banques traditionnelles pour faire face à ces nouveaux concurrents ?

Face à cette concurrence accrue et aux changements de comportement de leur clientèle, les banques traditionnelles ont amélioré leurs services en ligne et sur mobile. Elles ont aussi racheté la plupart des banques en ligne et mobiles, cherchant à éviter un départ de leurs clients, ou bien lancé leur propre service à des tarifs plus compétitifs, comme BforBank pour le Crédit Agricole. Mais selon Maxime Chipoy, ces anciens acteurs n’adaptent pas les grilles tarifaires de leurs services traditionnels « car ils peuvent difficilement passer outre leurs dépenses structurelles ». Certains commencent cependant à fermer des agences, ce qui a occasionné la suppression de 19 000 emplois en France entre 2012 et 2016 selon la Banque centrale européenne. Mais selon l’institution, la France restait, en 2016, le pays de l’UE qui comptait le plus d’agences.