10 novembre 2017

Tout s'explique

SFR en difficulté

Pourquoi Patrick Drahi remanie-t-il la direction de SFR ?

Altice, maison mère de l’opérateur de télécommunications SFR, a annoncé hier soir la démission du PDG de SFR et directeur général d’Altice Michel Combes. Patrick Drahi, le premier actionnaire d’Altice, prend la présidence du conseil d’administration du groupe. Alain Weill, qui supervisait les activités médias de SFR, en devient le PDG. Ce remaniement fait suite à l’annonce des résultats du troisième trimestre dévoilés au début du mois. SFR, deuxième opérateur français, perd 75 000 abonnés dans le fixe. Le chiffre d’affaires est en recul. Le lendemain de la publication des résultats, l’action Altice a perdu 23 % de sa valeur. Depuis son rachat à Vivendi en 2014, SFR a perdu plus de 1,6 million de clients mobile (sur près de 23 millions) et plus d‘un demi-million d‘abonnés fixes, selon l’agence Reuters.

Comment Patrick Drahi comptait-il redresser SFR ?

Sous l’impulsion de Patrick Drahi, SFR a investi dans la modernisation de son réseau et a misé sur l’enrichissement de son contenu, notamment dans le domaine du football. Altice a lourdement investi pour acquérir les droits de retransmission du championnat britannique (de 2016 à 2019) et de la Ligue des champions (de 2018 à 2021) et pour créer une chaîne dédiée au cinéma et aux séries. Pour compenser ce que l’opérateur considère comme un enrichissement de son offre, les abonnés se sont vu imposer une augmentation de prix en juillet. SFR souffre de l’insatisfaction de ses clients, qui sont à l’origine de plus de la moitié des plaintes reçues en 2016 par l’Association française des utilisateurs de télécommunications. Parallèlement, SFR a présenté en juillet 2016 un plan de suppression de 5 000 postes, soit le tiers de son effectif.

Quelle est la stratégie de développement du groupe Altice ?

Patrick Drahi a multiplié les acquisitions grâce à l’endettement. Après SFR en France, il a racheté les câblo-opérateurs américains Suddenlink et Cablevision. L’endettement du groupe atteint 50 milliards d’euros, que Patrick Drahi compte rembourser grâce aux profits de ses entreprises. Altice a renégocié plusieurs échéances. « On a beaucoup de flexibilité financière, car on n’a pas de remboursements majeurs avant 2022 et on continue à repousser la maturité de nos emprunts », assurait aux Échos, en novembre 2016, le directeur financier d’Altice. Cependant, les résultats de SFR suscitent des inquiétudes, notamment ceux du troisième trimestre. « Les marchés, à l’occasion de cette publication, ont pris peur et se sont dit : “Mais est-ce que réellement l’argent qu’on a prêté à M. Drahi, on le reverra ?” » a déclaré à Franceinfo Alain Crouzat, président de la société de gestion de portefeuilles Montségur Finance.