13 novembre 2017

Tout s'explique

Questions autour du sort du Premier ministre libanais

Saad Hariri est-il retenu en Arabie saoudite ?

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a déclaré hier dans une interview télévisée, depuis Riyad (Arabie saoudite) où il séjourne, qu’il était « libre » et qu’il rentrerait au Liban « très bientôt ». C’était sa première intervention depuis sa démission, annoncée le 4 novembre à Riyad. Il avait alors accusé le mouvement libanais chiite Hezbollah et l’Iran qui le soutient de « mainmise » sur le Liban et assuré que sa vie était en danger. Le président libanais, Michel Aoun, a de son côté affirmé dans un communiqué, hier peu avant l’intervention de Saad Hariri, que la liberté du Premier ministre « a été restreinte » en Arabie saoudite et que « des conditions ont été imposées en ce qui concerne sa résidence et les contacts qu’il peut avoir ». Michel Aoun refuse d’accepter la démission de Saad Hariri avant que celui-ci revienne au Liban et que les deux hommes en discutent.

Quels sont les liens entre l’Arabie saoudite et Saad Hariri ?

Fils du milliardaire Rafiq Hariri, ancien Premier ministre assassiné en 2005, Saad Hariri, 47 ans, est né en Arabie saoudite où vivent sa femme et ses enfants. Il a la double nationalité libanaise et saoudienne. Son père avait fait fortune en Arabie saoudite en développant le groupe de construction Saudi Oger, repris par son fils. Confrontée au ralentissement des commandes lié à la crise pétrolière, cette entreprise a fait faillite cette année. Reçu en France début septembre, Saad Hariri s’était engagé à payer les arriérés de plusieurs dizaines d’anciens salariés français. Dans une enquête publiée vendredi, Mediapart établit un lien entre la démission du Premier ministre libanais et la vague d’arrestations contre de hauts dirigeants lancée le jour même par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans le cadre d’une campagne anticorruption.

Pourquoi la situation suscite-t-elle une inquiétude particulière ?

« La situation libanaise est le sujet le plus préoccupant du moment », a estimé vendredi le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Le même jour, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a fait part de sa « grande inquiétude ». La démission de Saad Hariri remet en cause le fragile équilibre politique libanais. Après deux ans de vacance du pouvoir, le Parlement s’était finalement entendu pour élire en octobre 2016 le leader chrétien Michel Aoun à la présidence de la République avec le soutien du parti de Saad Hariri et celui du Hezbollah. Jeudi, l’Arabie saoudite a appelé ses ressortissants à quitter le Liban. Trois jours plus tôt, le ministre saoudien des Affaires du Golfe avait considéré que le Liban avait déclaré la guerre à l’Arabie saoudite en évoquant des agressions de la part du Hezbollah dont il n’a pas détaillé la nature.