15 novembre 2017

Tout s'explique

Coup d’État au Zimbabwe

Que s’est-il passé cette nuit au Zimbabwe ?

L’armée a pris dans la nuit le contrôle du Parlement et du siège de la télévision publique. Dans une déclaration lue à la télévision, un porte-parole de l’armée a précisé que le président Robert Mugabe et sa famille étaient « sains et saufs et leur sécurité garantie ». « Nous ne visons que des criminels », dont les actes ont entraîné les « souffrances » de la population, « dans le but de les amener devant la justice », a-t-il précisé. Le président sud-africain Jacob Zuma a déclaré dans la matinée s’être entretenu au téléphone avec Robert Mugabe. Le président zimbabwéen lui a dit être détenu dans sa résidence privée, mais aller bien. Le porte-parole de l’armée a assuré qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État. Si les frontières ne sont pas fermées, les événements en présentent cependant les caractéristiques : prise du pouvoir par la force, arrestation des dirigeants, prise de contrôle de la télévision publique.

Pourquoi les militaires ont-ils pris le pouvoir ?

Deux groupes se combattent au sein du parti Zanu-PF au pouvoir, chacun ayant à sa tête un potentiel successeur de Robert Mugabe. La semaine dernière, l’un d’eux, le vice-président Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a été démis de ses fonctions par le président et a quitté le pays clandestinement pour éviter une arrestation. Face à lui, Grace Mugabe, la femme du président, a annoncé dimanche qu’elle était prête à succéder à son mari. Lundi, le chef des armées a affiché son soutien à Emmerson Mnangagwa en menaçant Robert Mugabe d’intervenir s’il ne mettait pas fin à la « purge » en cours au sein de son parti. Selon une source gouvernementale citée par l’agence Reuters, le ministre des Finances, soutien de Grace Mugabe, a été arrêté ce matin. Emmerson Mnangagwa a annoncé ce matin via Twitter son retour dans le pays.

Quelle est la situation du pays ?

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu qu’un seul dirigeant. À 93 ans, Robert Mugabe est le plus vieux chef d’État en exercice de la planète. Il a été désigné par son parti fin 2016 pour le représenter une nouvelle fois à l’élection présidentielle de 2018. En 2008, il avait été battu au premier tour, mais avait déclenché une répression qui avait convaincu son opposant de se retirer. La situation économique a commencé à se dégrader fortement au début des années 2000, à la suite d’une réforme agraire confisquant aux propriétaires blancs leurs terres agricoles, Robert Mugabe y voyant la correction d’injustices coloniales. La chute des exportations agricoles a entraîné une hyperinflation. En 2009, le pays a autorisé le dollar et supprimé progressivement sa devise nationale, qui a disparu en 2015. La crise se manifeste également par le rationnement des liquidités, causant de longues files d’attente devant les banques.