16 novembre 2017

Tout s'explique

Inaction face au sort des Rohingyas

Quelles sont les exactions commises contre les Rohingyas ?

L’ONG Human Rights Watch a dénoncé aujourd’hui dans un rapport les « viols systématiques » dont sont victimes les femmes et les filles rohingyas en Birmanie. Dimanche, Pramila Patten, représentante spéciale des Nations unies, alertait depuis Dacca, la capitale du Bangladesh, sur les violences sexuelles « ordonnées, orchestrées et perpétrées par les forces birmanes » subies par les femmes rohingyas. Plus de 617 000 membres de cette communauté musulmane birmane se sont exilés au Bangladesh depuis fin août selon l’ONU, après l’accélération d’une campagne de répression menée par les forces de l’ordre birmanes. En septembre, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait qualifié cette situation d’« exemple classique de nettoyage ethnique ».

Comment réagit la communauté internationale ?

Le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, s’est entretenu hier en Birmanie avec le chef de l’armée du pays et la dirigeante Aung San Suu Kyi. Lors d’une conférence de presse avec la prix Nobel de la paix 1991, il s’est dit « inquiet des informations crédibles d’atrocités » et a réclamé la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour déterminer si la situation « remplissait tous les critères d’un nettoyage ethnique ». Il a exclu d’instaurer « des sanctions économiques globales » pour le moment. Le conseil de sécurité de l’ONU avait appelé le 6 novembre le gouvernement birman « à éviter tout nouvel usage excessif de la force militaire » dans l’État de l’Arakan, où vivent principalement les Rohingyas en Birmanie. Human Rights Watch réclame à l’ONU d’imposer un embargo sur les armes à la Birmanie.

Que répondent les dirigeants birmans ?

Lors de la conférence de presse commune avec Rex Tillerson, Aung San Suu Kyi a assuré qu’elle n’était pas « restée silencieuse » sur le sort des Rohingyas dans son pays, alors que son manque de réaction lui a été reproché à plusieurs reprises, notamment par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies. Le chef de l’armée birmane a refusé aujourd’hui dans un message publié sur son compte Facebook d’envisager le retour en Birmanie de tous les Rohingyas réfugiés au Bangladesh. Le général à la tête des opérations militaires dans l’État de l’Arakan avait été limogé lundi, sans justification officielle. Un rapport de l’armée publié le même jour affirmait qu’aucun coup de feu n’avait été tiré contre des Rohingyas innocents, et niait l’existence de violences sexuelles et d’incendies de mosquées.