18 novembre 2017

On revient au début

Retour de l’instabilité au Liban

Depuis que le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé il y a deux semaines sa démission en territoire saoudien, l’Arabie saoudite et l’Iran s’accusent mutuellement d’ingérence dans les affaires de ce pays de 6 millions d’habitants. Quelles crises le Liban a-t-il traversées depuis son indépendance en 1943 ? À quelles influences étrangères a-t-il été soumis ? Quel rôle joue-t-il dans la région ?

Comment a été fondée la République libanaise ?

Le Liban est peuplé de nombreuses communautés religieuses : chrétiens maronites, musulmans chiites et sunnites, grecs orthodoxes, etc. La Constitution de la République libanaise, adoptée en 1926 alors que le pays est sous mandat français, instaure une répartition équitable des pouvoirs entre les représentants des différentes confessions. Lorsque le Liban obtient son indépendance en 1943, un « pacte national » qui reprend ces grands principes est conclu par les élites dirigeantes pour préserver l’unité du pays. Le poste de président de la République est réservé aux maronites, alors majoritaires, celui de Premier ministre aux sunnites, tandis que les chiites héritent de la présidence du Parlement.

Pourquoi le Liban a-t-il vécu une guerre civile entre 1975 et 1990 ?

La création de l’État d’Israël et les conflits qu’elle engendre poussent dans les années 1960 et 1970 plusieurs centaines de milliers de Palestiniens à émigrer au sud du Liban. Cet afflux de musulmans et la faible natalité dans la communauté maronite créent des tensions. Le sort réservé aux Palestiniens par les élites chrétiennes mécontente de nombreux musulmans. Des affrontements éclatent entre les deux camps. En 1976, la Syrie entre au Liban avec l’accord des maronites et des États-Unis pour rétablir la paix, sans y parvenir. En 15 ans, le conflit fait environ 120 000 morts selon l’ONU.

Comment le Liban sort-il du conflit ?

L’accord de Taëf, signé en 1989 en Arabie saoudite, met un terme à la guerre un an plus tard et modifie le « pacte national ». Les maronites conservent le poste de président de la République, mais le pouvoir exécutif passe entre les mains du Premier ministre (sunnite). Les musulmans gagnent des sièges au Parlement. La Syrie, dont les troupes restent présentes sur une grande partie du territoire, influence largement la politique intérieure. L’opposition à la tutelle syrienne s’affirme en 2004 avec le vote d’une résolution de l’ONU réclamant « la fin de toute présence militaire autre que libanaise sur le territoire ». L’assassinat en 2005 de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri provoque d’importantes manifestations et entraîne le départ des troupes syriennes.

Quelles sont les relations du Liban avec son voisin israélien ?

Israël envahit une première fois le sud du Liban pendant la guerre civile, en 1978. Son objectif est de détruire les milices palestiniennes installées au Liban, dont l’OLP de Yasser Arafat, qui attaquent Israël. En 1982, les troupes israéliennes progressent jusqu’à Beyrouth. C’est à ce moment-là qu’est créé, avec le soutien de l’Iran, le Hezbollah, une organisation dont l’objectif est la destruction d’Israël. Après la fin de la guerre civile, Israël continue d’occuper le sud du Liban. L’État hébreu ne s’en retirera qu’en 2000, sous la pression du Hezbollah. En 2006, après l’enlèvement de deux soldats israéliens par le mouvement chiite, Israël envahit une nouvelle fois le Liban. Le conflit ne dure qu’un mois, mais détruit de nombreuses infrastructures sur l’ensemble du territoire.

Quel est le rôle du Hezbollah au Liban ?

Soutenu financièrement par le pouvoir iranien, ce mouvement chiite est à la fois un parti politique et une milice armée. De 1990 à 2005, il bénéficie de la protection du régime syrien. Après le départ des troupes syriennes, il prend une part plus active à la vie politique libanaise. Deux membres du parti entrent au gouvernement pour la première fois en 2005. Aux dernières élections législatives de 2009, le Hezbollah et ses alliés remportent 57 sièges sur 128, ce qui lui permet d’avoir un poids déterminant dans le choix du président de la République, élu à la majorité des deux tiers par le Parlement. Depuis la guerre civile, il est le seul groupe libanais à refuser le désarmement prévu par l’accord de Taëf et à conserver un arsenal, au nom de sa lutte contre Israël. Il soutient militairement le régime de Bachar el-Assad en Syrie.

Pourquoi la situation politique est-elle fragile au Liban ?

Les différents camps politiques sont liés à des pays antagonistes du Moyen-Orient. Le Hezbollah chiite est financé par l’Iran, tandis qu’une partie des élites sunnites, dont Saad Hariri, sont influencées par l’Arabie saoudite. Malgré cela, le système politique libanais oblige les grandes factions (sunnites, chiites et maronites) à s’entendre pour la désignation des postes à responsabilité. Chaque fin de mandat présidentiel donne donc lieu à de longues négociations. En 2007, le Parlement avait eu besoin de 17 mois pour élire le Président de la République. En 2014, il a fallu attendre 30 mois.

Pourquoi Saad Hariri a-t-il démissionné ?

Saad Hariri possède la double nationalité libano-saoudienne. Le groupe de BTP qui a fait la fortune de sa famille jusqu’à sa faillite en juillet était basé en Arabie saoudite. Le 4 novembre, il annonce à la surprise générale depuis Riyad sa démission du poste de Premier ministre. Il justifie sa décision par le « rôle destructeur de l’Iran » et du Hezbollah « au Liban et dans la région ». Le même jour, une vaste enquête « anticorruption » saoudienne, qui vise notamment l’entreprise des Hariri [€], conduit à l’interpellation de 11 princes et de dizaines de ministres. Le président Michel Aoun refuse la démission de son Premier ministre et accuse le royaume saoudien d’avoir dicté l’annonce de Saad Hariri pour déstabiliser le Liban.