25 novembre 2017

On revient au début

L’intervention de la Russie dans le conflit syrien

Vladimir Poutine a convié ses homologues turc et iranien mercredi à Sotchi en Russie pour un sommet visant à relancer le processus de paix en Syrie, alors que la guerre civile débutée en 2011 a fait au moins 400 000 morts et a poussé plus de 5 millions de personnes à fuir leur pays. Pourquoi la Russie s’est-elle impliquée dans le conflit syrien ? Son intervention a-t-elle été décisive ? Comment le pays a-t-il soutenu le gouvernement de Bachar el-Assad sur le plan diplomatique ?

Quelles étaient les relations entre la Russie et la Syrie avant le début de la guerre ?

L’URSS noue des relations diplomatiques avec la Syrie en 1944. Deux ans plus tard, juste avant l’indépendance du pays, elle signe un traité secret avec ses futurs dirigeants dans lequel elle s’engage à leur fournir une aide militaire. L’Union soviétique commence à vendre des armes et de l’équipement militaire à la Syrie dans les années 1950. En 1971, l’URSS établit sa première base militaire navale méditerranéenne dans la ville syrienne de Tartous. En 1980, les deux pays signent un traité d’amitié et de coopération, à travers lequel ils s’engagent à coordonner leurs actions en cas de menace pour la paix ou la sécurité de l’un ou de l’autre.

Dans quel contexte s’est déroulée l’intervention russe en Syrie ?

En 2011, dès le début du conflit qui oppose le régime syrien à une rébellion armée issue d’un mouvement de contestation, la Russie soutient le gouvernement de Bachar el-Assad. En août 2012, le président des États-Unis, Barack Obama, affirme que l’utilisation par le régime syrien d’armes chimiques contre son peuple constituerait une « ligne rouge ». Un an plus tard, une attaque chimique tue plusieurs centaines de personnes dans la banlieue de Damas. « Tout porte à croire que c’est le régime qui a commis cet acte abject », déclare François Hollande. Aucune opération n’est cependant programmée après un accord proposé par la Russie visant à forcer le régime syrien à détruire son arsenal chimique.

Comment la Russie justifie-t-elle son action en Syrie ?

« Les Russes comprennent que leur intervention en Syrie est possible et qu’elle ne suscitera pas de réaction de grande ampleur, lui laissant la place pour s’imposer comme un acteur incontournable au Proche-Orient », analyse pour Brief.me Ziad Majed, politologue et spécialiste du conflit syrien. Deux jours avant les premiers bombardements russes en Syrie, Vladimir Poutine appelle les pays membres de l’ONU à la création d’une « coalition mondiale contre le terrorisme ». Pour la Russie, son intervention doit permettre de chasser l’EI et les autres groupes terroristes du territoire syrien. Or « depuis le début, toute opposition au régime de Bachar el-Assad, civile ou armée, djihadiste ou démocrate, est considérée comme du terrorisme par Moscou », explique Julien Théron, spécialiste en géopolitique des conflits.

Quand la Russie intervient-elle militairement dans le conflit syrien ?

Ce n’est qu’en septembre 2015, à la demande du régime syrien, que la Russie intervient militairement dans le conflit en vertu du traité d’amitié de 1980. L’aviation russe effectue ses premiers bombardements à proximité de Homs, dans l’ouest du pays, contre les combattants hostiles au régime de Damas. L’appui est essentiellement aérien. Moscou envoie également des forces spéciales, chargées de former et d’entraîner l’armée syrienne. L’armée russe tire des missiles depuis des navires situés dans la mer Caspienne et d’autres à partir d’un sous-marin déployé dans la mer Méditerranée.

Cette aide a-t-elle été décisive ?

La Russie a aidé le régime syrien a reprendre plusieurs villes dont il avait perdu le contrôle, comme la cité antique de Palmyre sous le contrôle du groupe État islamique, puis la ville d’Alep, bastion de la rébellion. Le chef d’état-major de l’armée russe, Valeri Guerassimov, a annoncé mardi la fin de la « phase active » de l’opération militaire en Syrie. Selon Julien Théron, « même si elle était limitée, l’aide militaire apportée par les Russes a été décisive, car elle a été utilisée de manière stratégique, à des moments-clés ». Il estime aussi que l’action de la Russie visait non seulement les « acteurs de l’opposition », mais aussi des « structures civiles » afin « qu’il ne reste plus comme possibilité que le régime de Bachar el-Assad ».

Par quelles voies diplomatiques la Russie soutient-elle le régime ?

Outre la voie militaire, la Russie soutient aussi régime syrien au Conseil de sécurité de l’ONU, où le pays dispose d’un droit de veto. Dès octobre 2011, la Russie empêche l’adoption d’une résolution appelant la Syrie à mettre « un terme à toutes les attaques et violations des droits de l’homme » et proposant une « transition politique ». Au total, la Russie use de son droit de veto à 11 reprises dans le dossier syrien, le dernier remontant au 17 novembre. Il s’agissait alors de renouveler le mandat d’une commission d’enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, qui établit dans son dernier rapport que le gouvernement syrien est responsable d’une attaque chimique commise en avril.

Quel rôle la Russie a-t-elle déjà joué dans le processus de paix en Syrie ?

Participant aux négociations de paix lancées par l’ONU en 2012 à Genève, en Suisse, le pays a lancé en 2015 à Astana, au Kazakhstan, un sommet avec la Turquie et l’Iran, portant initialement sur les questions militaires et techniques de sortie du conflit. Si les États-Unis et l’Union européenne, dans un premier temps, ainsi que l’opposition syrienne ont fait du départ de Bachar el-Assad une condition à un accord de paix, la Russie a toujours privilégié un maintien du dirigeant syrien. « Profitant de l’absence d’avancées à Genève, les Russes ont marginalisé ce processus pour devenir moteur de la transition politique, ce qui leur permettrait de légitimer leur intervention militaire au niveau international », décrit Ziad Majed. Vladimir Poutine et les présidents turc et iranien se sont mis d’accord mercredi à Sotchi pour réunir prochainement l’opposition et le régime syrien.