28 novembre 2017

Tout s'explique

Nouvelle autorisation pour le glyphosate

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle modifié sa position sur l’autorisation du glyphosate ?

Les États membres de l’Union européenne ont décidé hier une nouvelle autorisation pour cinq ans du glyphosate, principal herbicide utilisé dans l’agriculture. L’Allemagne et la Pologne, qui s’étaient abstenues lors du dernier vote, se sont cette fois prononcées pour la prolongation de cinq ans. Le ministre allemand de l’Agriculture, le conservateur bavarois Christian Schmidt, a déclaré hier soir avoir « pris la décision tout seul ». Angela Merkel a « regretté » aujourd’hui que Christian Schmidt n’ait « pas respecté les instructions données par le gouvernement fédéral ». Peu après le vote, Emmanuel Macron a annoncé que la France se donnait trois ans pour interdire le glyphosate.

Que concluent les études ?

Le Centre international de recherche sur le cancer, qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU, a jugé en 2015 que le glyphosate était « probablement cancérogène pour les humains ». En juin 2016, la Commission européenne avait décidé, face au désaccord des États membres, de prolonger de 18 mois l’autorisation du glyphosate, en attendant une évaluation scientifique de l’Agence européenne des produits chimiques. Celle-ci a décidé le 15 mars qu’elle ne classait pas la molécule parmi les agents cancérogènes. Les méthodologies diffèrent d’une étude à l’autre. Plusieurs autres expertises ne la jugent pas cancérogène, comme celle de l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (Efsa) en 2016. Mais plusieurs ONG ont mis en doute ses résultats, de larges extraits de son rapport étant issus d’une étude du groupe Monsanto, l’inventeur de l’herbicide, qui l’utilise dans l’un de ses produits phares, le Roundup.

Quelles sont les possibilités alternatives pour les agriculteurs ?

Dans une étude publiée en septembre, l’institut Ipsos, qui a interrogé 904 agriculteurs, estime que les deux tiers utilisent le glyphosate. Le taux d’utilisation est de 85 % pour les grandes exploitations et de 84 % en viticulture. « C’est un produit irremplaçable, dont l’impact sur les rendements et la qualité des récoltes est inestimable », affirme Éric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA, le principal syndicat agricole, interrogé par La Croix. Partisans et détracteurs de l’herbicide s’accordent sur le fait qu’il n’existe pas aujourd’hui de substitut chimique aussi efficace et économique. Pour Christian Huygue, directeur scientifique adjoint de l’Institut national de la recherche agronomique, l’utilisation du glyphosate est liée à un changement de modèle agricole : « Historiquement, pour nettoyer un terrain, on le labourait », rappelle-t-il. « On peut de nouveau changer de système, mais cela se prépare dans la durée. »