18 décembre 2017

Tout s'explique

Coalition entre conservateurs et extrême droite en Autriche

Pourquoi les conservateurs autrichiens ont-ils fait alliance avec l’extrême droite ?

Le nouveau gouvernement autrichien dirigé par Sebastian Kurz, 31 ans, a prêté serment ce matin à Vienne. Le chef du parti de droite (ÖVP), vainqueur des élections législatives du 15 novembre, a annoncé vendredi soir la conclusion d’un accord de gouvernement avec le parti d’extrême droite FPÖ arrivé troisième. Ces élections avaient été réclamées par Sebastian Kurz qui souhaitait mettre fin à la coalition de son parti avec les sociaux-démocrates. Le parti de droite ne disposant pas de la majorité absolue à l’issue du scrutin, des négociations ont été engagées avec le FPÖ. Au terme de celles-ci, le parti d’extrême droite dispose de 6 des 14 postes au sein du gouvernement, dont trois ministères régaliens : la Défense, l’Intérieur et les Affaires étrangères. Son chef, Heinz-Christian Strache, est nommé vice-chancelier.

Quel est le programme du nouveau gouvernement ?

Les deux partis se sont entendus sur un programme de gouvernement qui fait de la lutte contre l’immigration illégale sa priorité. Le programme prévoit un durcissement de la politique migratoire et du statut des étrangers. Les réfugiés verront ainsi leurs aides plafonnées à 520 euros mensuels maximum contre plus de 800 euros pour les autres résidents. Le FPÖ a accepté de renoncer à l’organisation d’un référendum sur le maintien de l’Autriche dans l’Union européenne. Le programme comporte des allégements fiscaux en direction des familles et des retraités modestes. Il prévoit l’organisation de référendums d’initiative populaire si une proposition est soutenue par plus de 100 000 électeurs. Le FPÖ a obtenu que la suppression de l’autorisation de fumer dans les bars et restaurants, prévue le 1er mai 2018, soit ajournée au nom de la « liberté de choix ».

Existe-t-il des précédents ?

Le FPÖ a déjà gouverné avec les conservateurs autrichiens de 2000 à 2007. Leur accession au pouvoir avait alors suscité la réprobation de l’Union européenne et l’adoption de sanctions. Les 14 autres États membres avaient suspendu pendant sept mois les rencontres bilatérales avec le gouvernement autrichien. Pendant la campagne de 2017, le chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, a évoqué un risque d’« invasion de masse » et de « guerre civile » en raison de l’immigration. Il a également estimé que « l’islam n’a pas sa place en Autriche ». Cependant, ni l’Union européenne, ni la France et l’Allemagne, ne se sont inquiétées officiellement à l’annonce de la formation du gouvernement. Seule l’Italie a réagi pour critiquer l’engagement pris par la coalition d’accorder la double nationalité aux habitants du Tyrol du Sud, une région rattachée à l’Italie en 1919.