8 janvier 2018

C'est leur avis

« Je suis Charlie » s’est transformé en une injonction

Trois ans après l’attentat contre Charlie Hebdo, le chroniqueur Philippe Lançon, rescapé de l’attaque, estime dans Libération, où il est également journaliste, que le slogan « Je suis Charlie » s’est dilué dans de multiples interprétations qui en ont fait une injonction.

« “Je suis Charlie” était un cri humaniste, d’effroi et de mélancolie. Il me signifiait que je vivais dans un pays où des millions d’individus, quels qu’ils soient et quoi qu’ils pensent, se levaient spontanément pour dire qu’ils ne voulaient pas habiter un monde où l’on massacre des dessinateurs dont le métier est de faire rire, ni d’ailleurs qui que ce soit. […] Très vite, l’individualisme publicitaire du slogan s’est dilué dans les diverses et inévitables traductions politiques dont il fut l’objet. […] Au lieu d’une réflexion profonde sur les bases d’un contrat social renouvelé, moins normatif et plus pragmatique, l’idéologie s’est installée. “Je suis Charlie” est devenu l’étiquette magique qu’on faisait valser au gré de ses intérêts, de ses combats et de ses préjugés ; en clair, une injonction. » Philippe Lançon