11 janvier 2018

Tout s'explique

Revendications économiques et sociales en Tunisie

Quelles sont les revendications des manifestants ?

Des heurts ont éclaté pour une troisième nuit consécutive entre forces de l’ordre et manifestants dans plusieurs villes de Tunisie, où plus de 600 personnes ont été arrêtées depuis lundi, a annoncé aujourd’hui le ministère de l’Intérieur tunisien. La semaine dernière, la coalition d’opposition Le Front populaire et le mouvement citoyen Fech Nestannew (« Qu’est-ce qu’on attend ? ») avaient appelé à des rassemblements pour dénoncer la hausse des prix. Celle-ci est liée à l’entrée en vigueur le 1er janvier de la loi de finances 2018, instaurant une augmentation de la TVA sur certains produits, comme l’essence ou l’alimentation. Les manifestants réclament une révision de cette loi ainsi qu’une meilleure couverture sociale pour les familles en difficulté et un plan de lutte contre la corruption.

Quelle est la situation économique de la Tunisie ?

La Tunisie a enregistré en 2017 son plus fort déficit commercial depuis son indépendance en 1956, avec 5,3 milliards d’euros selon les données publiées aujourd’hui par l’Institut national de la statistique tunisien. En 2016, le pays avait obtenu de la part du Fonds monétaire international un nouveau prêt en échange de réformes d’austérité. La croissance a augmenté, atteignant 2 % fin 2017, mais le taux de chômage reste élevé (15,3 % au troisième trimestre 2017). « La situation économique du pays n’a jamais été bonne, mais il a continué à perdre des ressources après la révolution, avec une chute des investissements étrangers et une crise du tourisme, qui s’est amplifiée avec les attentats de 2015 », analyse pour Brief.me Vincent Geisser, chercheur au CNRS et spécialiste de la transition politique en Tunisie.

Qu’est-ce qui a changé dans le pays depuis la révolution de 2011 ?

Déclenchée elle aussi par des manifestations contre le chômage et la corruption, la révolution de 2011 a poussé au départ le président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987. Depuis, la Tunisie s’est dotée d’un nouveau parlement, a adopté une nouvelle Constitution et mis en place des élections libres. L’ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux reproche cependant au gouvernement actuel, issu des élections de 2014, d’avoir gardé « le même modèle économique, avec les mêmes problèmes ». « Les raisons profondes de la révolution, c’étaient les inégalités sociales, surtout le chômage des jeunes, et les fractures économiques régionales, explique Vincent Geisser. Or de ce point de vue là, les Tunisiens n’ont pas beaucoup vu changer les choses. »