18 janvier 2018

Tout s’explique

Le Yémen en état de délitement pour l’ONU

Pourquoi l’ONU craint-elle une sécession du pays ?

Un rapport confidentiel d’experts remis au Conseil de sécurité de l’ONU, dont Le Monde a publié hier plusieurs conclusions, estime que « le Yémen, en tant qu’État, a pratiquement cessé d’exister ». Il est selon eux désormais constitué d’« une myriade de petits États qui se font la guerre » sans avoir les moyens de conquérir l’intégralité du territoire. Depuis près de trois ans, des affrontements opposent principalement les rebelles chiites houthis, issus du nord du pays, qui se sont emparé de la capitale Sanaa début 2015, et une coalition de pays arabes sunnites emmenée par l’Arabie saoudite soutenant le président yéménite. Le rapport des experts note que les Émirats arabes unis, qui participent à la coalition, soutiennent au sol Al-Hirak, un mouvement sécessionniste sudiste, lui-même divisé. Le pays, séparé en deux au moment de la chute de l’Empire ottoman en 1918, n’a été réunifié qu’en 1990.

Quels sont les rôles de l’Arabie saoudite et de l’Iran dans le conflit ?

L’Arabie saoudite, où le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi s’est réfugié, a déclenché en mars 2015 une opération militaire au Yémen dans le but de rétablir l’autorité du pouvoir central, sans parvenir à chasser les Houthis de la capitale. Hier, à la demande du chef de l’État yéménite et de son Premier ministre, le gouvernement saoudien a annoncé qu’il allait verser deux milliards de dollars à la banque centrale yéménite pour qu’elle puisse lutter contre la chute de la monnaie locale qui accroît les difficultés économiques du pays. L’Iran, lui, dément soutenir directement les Houthis, mais des experts envoyés par l’ONU au Yémen ont affirmé, dans un rapport remis au Conseil de sécurité en novembre, avoir retrouvé le logo d’une entreprise iranienne sur des débris de missiles tirés par des Houthis.

Quelle est la situation humanitaire ?

Un rapport publié aujourd’hui par l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch accuse la coalition menée par l’Arabie saoudite d’avoir bombardé à plusieurs reprises des zones peuplées de civils et les Houthis d’avoir commis des atrocités et bloqué l’accès de la population à l’aide humanitaire. Selon l’ONU, environ 22 millions d’habitants, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin de cette assistance. L’ONU a annoncé lundi l’arrivée dans le port d’Al Hudaydah, par où transitent près de 70 % des importations du pays, de quatre grues américaines permettant d’accélérer la distribution de l’aide humanitaire. Le pays, dont les infrastructures sanitaires ont été très affectées par le conflit, est victime d’une épidémie de choléra qui a fait 2 244 morts depuis fin avril 2017, selon un bilan publié lundi par l’Organisation mondiale de la santé.