20 janvier 2018

On revient au début

L’évolution du féminisme

Un collectif de 100 femmes a publié la semaine dernière dans Le Monde une tribune pour dénoncer les effets de l’affaire Weinstein. Elles déclaraient notamment ne pas se reconnaître dans un féminisme qui « prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité ». La tribune a fait réagir de nombreuses militantes, dont une trentaine qui ont signé un texte sur Franceinfo défendant une autre vision du féminisme.


Le concept

Le terme « féminisme » apparaît pour la première fois en 1871 dans une thèse d’un étudiant en médecine intitulée « Du féminisme et de l’infantilisme chez les tuberculeux ». Ce mot servait à décrire la perte de virilité de certains patients masculins. Il est utilisé l’année suivante par l’auteur Alexandre Dumas fils dans son pamphlet « L’Homme-Femme », où il décrit des hommes « féministes » cherchant à faire « reconnaître que la femme est l’égale de l’homme et qu’il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits ». L’auteur s’en moque en disant que « cela n’a aucun sens ». En 1882, une femme s’approprie l’expression et se définit comme « féministe ». Il s’agit d’Hubertine Auclert, militante française en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes réclamant en particulier le droit de vote des femmes.


Les dates clés

1918

Les premières revendications féministes se concentrent sur la place des femmes dans l’espace public, notamment le droit de vote et d’éligibilité. Au Royaume-Uni, des femmes militent activement pour ces droits au sein d’une organisation, l’Union sociale et politique des femmes, créée en 1903. Elles sont les premières à être connues sous le nom de « suffragettes ». Elles obtiennent gain de cause en 1918, bien que le droit de vote soit réservé aux femmes de plus de 30 ans dans un premier temps. 10 ans plus tard, les femmes britanniques sont autorisées à voter dès 21 ans comme les hommes. En France, les femmes obtiennent le droit de vote et d’éligibilité en 1944. Aujourd’hui, les femmes peuvent voter et se faire élire dans tous les pays où ont lieu des élections.

1970

À la suite des révoltes étudiantes de 1968, des mouvements féministes se forment, tels le Women’s Liberation Movement aux États-Unis ou le Mouvement pour la libération des femmes en France. Ce dernier tient sa première réunion publique non mixte à l’université de Vincennes en 1970. « Moins tournées vers une égalité de droits comme avant, ces militantes demandaient l’égalité de fait, en particulier dans la vie privée et sexuelle », analyse pour Brief.me Sylvie Chaperon, professeure à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, spécialiste de l’histoire du féminisme. Leurs luttes se dirigent vers un accès libre à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). En France, la contraception est légalisée en 1967, puis remboursée en partie par la Sécurité sociale à partir de 1974. La loi Veil autorise l’IVG en 1975.

1988

Les combats féministes cherchent également à mettre fin aux inégalités entre les femmes et les hommes dans le domaine du travail. En 1988, l’association américaine Business and Professional Women lance l’« Equal Pay Day », une journée visant à dénoncer les inégalités salariales. L’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes est pourtant inscrite depuis 1951 dans une convention de l’Organisation internationale du travail, une agence de l’ONU qui définit des règles concernant le droit du travail pour ses pays membres. En France, le principe de l’égale rémunération des femmes et des hommes pour un poste similaire est inscrit dans la loi depuis 1972, mais un système de sanctions n’est mis en place qu’en 2010. Selon les dernières données de l’office de statistiques de l’Union européenne Eurostat, l’écart de salaire entre les femmes et les hommes pour un poste similaire était de 15,8 % en France en 2015.

1991

La sociologue et féministe américaine Kimberlé Crenshaw invente en 1991 la notion d’« intersectionnalité » pour décrire les discriminations multiples dont sont victimes certaines personnes. Plusieurs mouvements féministes défendent ainsi des femmes opprimées à la fois en raison de leur sexe et de leur appartenance à une minorité : femmes noires, femmes lesbiennes, femmes handicapées, etc. C’est le cas notamment du mouvement du Black Feminism (féminisme noir), apparu dès les années 1970 et théorisé notamment par des auteures comme Bell Hooks, réclamant une meilleure visibilité des femmes noires dans les combats féministes et dans la société. « Les féministes actuelles sont très conscientes des difficultés supplémentaires rencontrées par les femmes si elles sont issues de l’immigration, transsexuelles ou viennent d’un quartier populaire », souligne Sylvie Chaperon.


Les personnages

Olympe de Gouges. Lors de la Révolution française, Olympe de Gouges (1748-1793) s’insurge contre le peu d’espace accordé aux femmes sur la place publique. Deux ans après l’adoption de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle rédige en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle réclame l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes et l’accès des femmes à la vie politique. « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune », y écrit-elle.