24 janvier 2018

Tout s'explique

Offensive turque contre des Kurdes syriens

Pourquoi la Turquie a-t-elle lancé cette opération ?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré aujourd’hui son intention d’étendre vers l’est l’opération « Rameau d’olivier » lancée par son pays samedi dans la région d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, où sont principalement établis des Kurdes syriens. Le 14 janvier, la coalition internationale antidjihadiste dirigée par les États-Unis avait annoncé la création d’une force de sécurité comprenant des combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Cette force est chargée de sécuriser les territoires repris au groupe État islamique dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque. Or la Turquie considère que les YPG sont une organisation terroriste, en lien avec les séparatistes kurdes armés du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Lors d’une allocution télévisée le 15 janvier, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu’il voulait « tuer dans l’œuf » l’armée « terroriste » constituée par les États-Unis.

Comment réagissent les États-Unis et la Russie ?

« Nous prenons au sérieux les soucis légitimes de sécurité de la Turquie », a déclaré lundi la porte-parole de la présidence américaine en rappelant que ce pays était l’un de ses alliés au sein de l’Otan. Le secrétariat américain à la Défense a cependant réaffirmé son intention de s’appuyer sur les Kurdes syriens pour achever le combat contre les combattants djihadistes. Comme son homologue américain, le ministère des Affaires étrangères russe a appelé les combattants des deux camps à « faire preuve de retenue ». Il a également annoncé samedi avoir retiré ses troupes de la région d’Afrine pour éviter qu’elles soient prises dans les combats. Pour mener ses bombardements aériens, la Turquie a bénéficié du retrait de l’aviation russe, qui contrôle cette partie de l’espace aérien.

Depuis quand Afrine est-elle sous contrôle kurde ?

Les Unités de protection du peuple ont pris le contrôle de la ville syrienne d’Afrine, située à une trentaine de kilomètres de la frontière turque, en 2012. Elle est depuis devenue le chef-lieu administratif de l’un des trois cantons du Kurdistan syrien, appelé Rojava par les Kurdes. Il s’agit d’une région autonome proclamée en 2016 et dont les deux autres cantons sont situés dans le nord-est de la Syrie. La région d’Afrine en est séparée par un territoire sous contrôle de rebelles syriens. Le dernier recensement syrien mené dans le district d’Afrine en 2004 dénombrait plus de 172 000 habitants, dont plus de 36 000 dans la ville d’Afrine. Depuis, de nombreux Kurdes ainsi que des personnes ayant fui le conflit syrien dans d’autres régions s’y sont installés.