3 février 2018

On revient au début

La dépendance des personnes âgées

Une journée de mobilisation a été organisée mardi dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), à l’appel de plusieurs syndicats, pour réclamer une amélioration des moyens et des conditions de travail. Réservés à des personnes âgées de plus de 60 ans qui ont besoin d’aide et de soins au quotidien, les Ehpad représentent la majorité des maisons de retraite. En 2015, 585 000 personnes âgées dépendantes étaient prises en charge dans un Ehpad, selon les statistiques du ministère de la Santé, au sein de 7 400 établissements publics et privés.


À l’origine

Jusqu’à la moitié du XXe siècle, les personnes âgées dépendantes (ayant besoin d’être aidées pour les actes essentiels de la vie) étaient généralement prises en charge par leur famille ou dans des hospices avec les invalides et les malades considérés comme « incurables ». L’exode rural, qui conduit de plus en plus de personnes à habiter en ville, dans des logements plus petits, complique l’accueil des personnes âgées au sein de leur famille. En 1962,15 % des plus de 65 ans habitent encore avec leur famille, alors qu’ils ne sont plus que 5 % dans ce cas en 1999. Si les retraités vivent de plus en plus longtemps de manière autonome, le nombre de personnes âgées dépendantes augmente avec le vieillissement de la population.


Les dates clés

1975

Après la création des premières maisons de retraite non médicalisées dans les années 1960, la France décide en 1975 de fermer ses hospices et d’interdire les dortoirs, qui étaient la règle pour les personnes âgées dans ces établissements. « C’est la fin du traitement moyenâgeux de la vieillesse en France », explique Alain Villez, président de l’association Les Petits Frères des pauvres et spécialiste des politiques du troisième âge. La loi de 1975 donne un délai de 10 ans aux pouvoirs publics pour assurer la transformation des dortoirs en chambres individuelles, médicalisées ou non, mais il faudra attendre le début des années 2000 pour que cet objectif soit réalisé.

1997

Le gouvernement Juppé réforme en 1997 le financement des maisons de retraite médicalisées et crée une aide financière destinée aux personnes dépendantes de plus de 60 ans. C’est la première allocation qui distingue les personnes âgées dépendantes des personnes handicapées. Elle est versée en fonction du niveau de ressources et de dépendance. Cette aide, dont le montant variait selon les départements, est revalorisée et uniformisée au niveau national en 2001 et devient l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA). En 2013, 1,2 million de personnes de 60 ans ou plus la perçoivent, 90 % des bénéficiaires ayant 75 ans ou plus. « Si l’intention était louable, on a créé un mécanisme très complexe qui laisse encore beaucoup de reste à charge » pour les familles, regrette Alain Villez.

2004

Après la canicule de l’été 2003, qui fait 19 000 morts en France selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, un établissement public dépendant du gouvernement, le Premier ministre lance un plan de création de 10 000 places en Ehpad, et autant en services de soins infirmiers à domicile. Pour financer ces nouvelles mesures et l’APA, qui coûte plus cher que prévu, l’État institue en 2004 une Journée de solidarité. Chaque année, tous les salariés du privé travaillent une journée supplémentaire, à l’origine le lundi de Pentecôte. Cette mesure permet de dégager environ 2 milliards d’euros supplémentaires chaque année, via une nouvelle cotisation versée par les entreprises (contribution de solidarité pour l’autonomie) : 1,2 milliard d’euros pour les personnes âgées et 800 millions pour les personnes handicapées.

2007

Le gouvernement lance en 2007 le Plan solidarité grand âge pour augmenter le nombre de soignants dans les maisons de retraite et développer l’aide à domicile. Au total, de 2008 à 2015, l’État investit 2,3 milliards d’euros pour créer 70 000 places, dont la moitié en Ehpad. Le taux d’encadrement des résidents par le personnel progresse, de 5 agents pour 10 résidents en 2007 à 6,3 agents pour 10 résidents en 2016, selon la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, l’établissement public qui gère la contribution de solidarité. Les syndicats réclament que ce taux soit porté au minimum à 8 personnes pour 10 résidents. En 2015, une nouvelle loi crée un statut du « proche aidant », permettant d’obtenir un congé sans solde. Environ un quart des personnes en situation de dépendance sont aujourd’hui prises en charge par un proche.


À l’étranger

Le Japon est le pays dont la population est la plus âgée au monde. 27 % de ses habitants ont plus de 65 ans, selon la Banque mondiale, contre 19 % en France. Pour faire face au vieillissement de sa population, le Japon a mis en place en 2000 une assurance dépendance obligatoire. Toutes les personnes âgées de 40 ans et plus y cotisent en fonction de leurs revenus. À partir de 65 ans, toute personne identifiée comme dépendante lors d’une évaluation obtient le droit de bénéficier d’un certain nombre de prestations, dont elle règlera, en fonction de ses ressources, jusqu’à 20 % au maximum. Ce système permet une prise en charge à domicile plus développée qu’en France. En 2014, les dépenses liées à la prise en charge de la dépendance représentaient 1,9 % du PIB au Japon, contre 1,1 % en France.