9 février 2018

Tout s'explique

Instabilité croissante et désastre humanitaire en Syrie

Quelle est la situation humanitaire ?

Les frappes des aviations russe et syrienne se sont intensifiées depuis lundi sur la Ghouta orientale, une zone située en banlieue de Damas tenue par les rebelles. 229 civils, dont 58 enfants, y ont péri, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une organisation basée à Londres proche de l’opposition et disposant d’informateurs sur le terrain. La ville d’Idleb, dans l’ouest du pays, tenue par des rebelles djihadistes, est aussi la cible de bombardements. Aucun convoi humanitaire n’a pu atteindre les civils dans les zones assiégées depuis fin novembre, selon l’ONU. Les États-Unis et la France disent suspecter l’utilisation d’armes chimiques, mais sans disposer de preuves. Une réunion du Conseil de sécurité a été organisée hier, mais l’instauration d’une trêve humanitaire s’est heurtée à l’opposition de la Russie, qui soutient le pouvoir syrien.

Quels sont les objectifs du régime syrien ?

L’objectif du régime syrien est non seulement de reprendre les zones contrôlées par les rebelles, mais de regagner du terrain à l’est dans les régions conquises par les Kurdes (voir la situation sur une carte, en anglais). Dans la nuit de mercredi à jeudi, les Forces démocratiques syriennes (FDS), des combattants kurdes et arabes soutenus par la coalition internationale antidjihadiste conduite par les États-Unis, ont repoussé une attaque de paramilitaires alliés du régime syrien contre leur quartier général, dans l’est du pays près de Deir ez-Zor. Selon un responsable américain, une centaine d’entre eux ont été tués. Les deux camps, forces progouvernementales soutenues par la Russie et FDS, avaient combattu fin 2017 contre l’organisation État islamique pour la chasser de cette région riche en hydrocarbures.

L’offensive turque au nord est-elle réussie ?

L’armée turque, appuyée par des rebelles opposés au régime syrien, a lancé le 20 janvier une offensive contre la ville d’Afrine, dans une région du nord-ouest de la Syrie administrée par les Kurdes. Le pouvoir turc qualifie de terroristes les Unités de protection du peuple (YPG) qui contrôlent une large partie du nord du pays. Cette offensive, appuyée par des frappes aériennes, se veut une réponse à l’annonce par la coalition internationale antidjihadiste, le 14 janvier, de la participation des FDS à la création d’une force militaire chargée de sécuriser les territoires repris au groupe État islamique. Les groupes armés sous commandement turc, qui cherchent à conquérir les villages environnants, progressent lentement et se heurtent à l’opposition des YPG. Entre le 20 janvier et le 6 février, 123 combattants kurdes et 127 rebelles pro-Ankara et 22 soldats turcs ont péri, selon l’OSDH.