13 février 2018

Tout s'explique

Jacob Zuma poussé à la démission

Pourquoi l’ANC demande-t-elle à Jacob Zuma de quitter le pouvoir ?

À l’issue d’une réunion de 13 heures, le Comité national exécutif (l’organe de décision) de l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, a demandé cette nuit à Jacob Zuma, le président du pays, de démissionner de son poste. « Nous sommes déterminés à restaurer l’intégrité des institutions publiques, créer la stabilité économique et relancer l’économie de façon urgente », a expliqué aujourd’hui le secrétaire général de l’ANC, critiquant implicitement le président. Ce dernier n’a pas encore répondu à la demande de son parti. En cas de refus, l’ANC a la possibilité de présenter une motion de défiance au Parlement, où il dispose d’une majorité absolue. Jusqu’ici, le président a repoussé toute idée de départ avant la fin de son mandat au printemps 2019. Après deux mandats, Jacob Zuma ne pourra pas postuler une nouvelle fois.

Quel est le bilan de Jacob Zuma ?

En 2009 et en 2014, Jacob Zuma a été élu président par le Parlement après la large victoire de l’ANC aux élections législatives. Ses près de neuf années au pouvoir ont été marquées par une dégradation de la situation économique et par plusieurs affaires de corruption. La croissance économique est en baisse quasi continue depuis 2011 et le taux de chômage est en hausse. Il a atteint 26,7 % de la population active en 2016 selon l’OCDE. En mars 2016, la justice sud-africaine a estimé que Jacob Zuma avait violé la Constitution en refusant de rembourser l’argent public utilisé pour des travaux dans sa résidence privée. En novembre 2016, la médiatrice de la République a publié un rapport dénonçant les liens du président avec une riche famille, les Gupta, et soupçonnant celle-ci d’avoir imposé la nomination de ministres pour favoriser ses intérêts.

Qui est le nouveau président de l’ANC ?

En décembre, Cyril Ramaphosa, 65 ans, a été élu à la tête de l’ANC en remplacement de Jacob Zuma en axant sa campagne sur la lutte anticorruption. Il était opposé à une ex-épouse de Jacob Zuma, soutenue par ce dernier. Ancien syndicaliste, militant contre l’apartheid, Cyril Ramaphosa a négocié en 1990 la sortie de prison de Nelson Mandela et a dirigé la rédaction de la nouvelle Constitution adoptée en 1996. En 1997, il échoue face à Thabo Mbeki pour prendre la succession de Nelson Mandela à la tête de l’ANC. Il se lance alors dans les affaires (mines, finance, restauration rapide) et fait fortune. Revenu à la politique, il est élu en 2012 vice-président de l’ANC et nommé en 2014 vice-président du gouvernement. Il a exclu dimanche de protéger le président, déclarant que « ceux qui sont corrompus et ont volé l’argent des pauvres seront jugés » et ajoutant : « C’est ce que Nelson Mandela aurait voulu. »