3 mars 2018

On revient au début

L’influence de la NRA aux États-Unis

Une fusillade a fait 17 morts dans un lycée de Floride le 14 février, relançant le débat autour du port d’armes à feu aux États-Unis. Depuis, plusieurs entreprises américaines ont annoncé qu’elles mettaient fin aux avantages qu’elles offraient aux adhérents de la National Rifle Association (NRA), le principal lobby des armes à feu américain, qui revendique 5 millions d’adhérents.


À l’origine

Consternés par les compétences de leurs troupes dans le maniement des armes lors de la guerre de Sécession (1861-1865), deux vétérans de l’armée de l’Union, le colonel William Church et le général George Wingate, fondent en 1871 à New York la National Rifle Association (NRA). Le but est de « promouvoir et encourager les tirs à la carabine sur une base scientifique », en proposant, selon son slogan « l’éducation à la sécurité des armes à feu, la formation au tir de précision, le tir à des fins récréatives ». Ils estiment qu’une initiative privée est nécessaire pour prendre le relais de la garde nationale, « trop lente pour entreprendre cette réforme ». La NRA obtient de l’État de New York une aide financière pour construire un stand de tir, qui ouvre en 1873 et où se déroule l’année suivante la première compétition de tirs organisée par la NRA.


Les dates clés

1934

La NRA devient progressivement un lobby à partir des années 1920 et cherche à défendre les intérêts de ses membres en influençant les pouvoirs publics. Elle s’appuie sur le deuxième amendement de la Constitution américaine, qui garantit selon elle aux citoyens le droit de porter une arme à feu. Elle est dans un premier temps favorable à une législation encadrant le port d’armes, mais son but est surtout d’« éviter des projets de loi plus drastiques », explique à Brief.me Didier Combeau, politologue spécialiste des États-Unis et auteur du livre « Des Américains et des armes à feu ». En 1934, la NRA participe ainsi à l’élaboration du National Firearms Act, première loi fédérale encadrant le port d’armes, qui instaure une taxe sur leur vente et oblige à les enregistrer auprès de l’État fédéral. La NRA obtient que les pistolets et les revolvers ne soient pas concernés.

1975

« Le gouvernement Johnson utilise l’émoi créé par une fusillade à l’Université du Texas et par les assassinats de John Fitzgerald Kennedy et Martin Luther King pour faire adopter le Gun Control Act en 1968, la loi fédérale la plus importante sur le contrôle des armes à feu », retrace Didier Combeau. Le débat, « jusque-là limité aux initiés, devient public ». Craignant que le droit de porter des armes soit remis en cause, l’association renforce ses actions de lobbying en créant en 1975 un département spécialisé. En 1976, la NRA crée également le Political Victory Fund, un fonds qui attribue des notes à chaque élu en fonction de ses déclarations et de ses actions législatives et participe au financement de campagnes électorales. Sous l’influence de la NRA, une « loi sur la protection des propriétaires des armes à feu » votée en 1986 interdit la tenue d’un registre national des armes.

2013

En décembre 2012, une tuerie fait 26 victimes à l’école primaire Sandy Hook, dans le Connecticut. Un mois plus tard, Barack Obama demande aux élus du Congrès, à majorité républicaine, d’instaurer un système universel de vérification des antécédents des acquéreurs et d’interdire les armes d’assaut. Le président de la NRA, Wayne LaPierre, qui a déclaré après la tuerie que « la seule façon de stopper un méchant avec une arme est de lui opposer un gentil avec une arme », promet « la bataille du siècle » pour que ce projet ne soit pas adopté. Il est effectivement rejeté par le Congrès, dont 261 élus sur 535 ont reçu des dons de la NRA pour leur campagne, selon les données de la Commission électorale fédérale.

2016

La NRA dépense la plus grosse somme de son histoire en 2016, consacrant 419 millions de dollars à ses activités, selon une étude du Center for Responsive Politics, une ONG qui étudie les effets du lobbyisme sur les élections. La NRA affecte 54,4 millions de dollars à la campagne pour l’élection présidentielle et celle des membres du Congrès en novembre 2016. La NRA soutient officiellement Donald Trump. Elle finance également des campagnes contre la candidate démocrate, Hillary Clinton, favorable à des mesures restrictives sur le port d’armes. Donald Trump s’est toujours gardé d’établir un lien entre les tueries et la libre circulation des armes, même après la pire fusillade de l’histoire des États-Unis, à Las Vegas début octobre. Il a déclaré plusieurs fois qu’il était un « grand fan de la NRA ». Mercredi, iI a néanmoins annoncé, pour la première fois, qu’il souhaitait des mesures plus strictes de contrôle des armes à feu.


L’analyse

Le deuxième amendement de la Constitution américaine, adoptée en 1791, affirme : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » Cette phrase a donné lieu à diverses interprétations. Pour les anti-armes, elle restreint le droit à porter des armes dans le cadre de la formation d’une milice, un groupe de défense citoyen que l’État peut solliciter. Pour les pro-armes, elle garantit à tous la possibilité d’utiliser une arme pour se défendre. La Cour suprême des États-Unis, la plus haute instance habilitée à interpréter la Constitution, a tranché en faveur de la seconde version en 2008. Selon elle, le deuxième amendement « protège le droit d’un individu à posséder une arme, indépendamment du service dans une milice, et à utiliser cette arme dans un but légal, tel que l’autodéfense à domicile ». La Cour suprême a toutefois souligné que le deuxième amendement n’était pas « sans limites », laissant la possibilité d’instaurer des mesures de contrôle.