13 mars 2018

Tout s'explique

Le gouvernement répond aux manifestants à Mayotte

Pourquoi les manifestants se plaignent-ils de l’insécurité ?

La ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, est arrivée hier à Mayotte et s’est entretenue aujourd’hui avec les élus et l’intersyndicale mahorais, après trois semaines de protestations contre l’insécurité sur l’île. Elle a annoncé un renforcement des effectifs de police et de gendarmerie, ainsi que l’augmentation de 330 000 euros des crédits du Fonds interministériel de prévention de la délinquance. Il est prévu que cette somme serve à développer la vidéosurveillance sur l’île et une zone de sécurité prioritaire, dotée de moyens supplémentaires. Le ministère de l’Intérieur a enregistré en 2017 près de 9 000 faits de délinquance, plus de 5 000 dégradations ou destructions de biens et près de 3 200 atteintes aux personnes. Ces chiffres sont en baisse d’environ 10 % par rapport à l’année précédente. En 2016, le gouvernement avait déjà augmenté de 205 personnes le contingent de gendarmes et de policiers.

Quelle est la situation migratoire de l’île ?

Selon l’Insee, en 2015, quatre adultes sur 10 vivant sur l’île étaient de nationalité étrangère, dont la moitié en situation administrative irrégulière, faisant de Mayotte le département français où la part d’étrangers dans la population est la plus importante. La plupart d’entre eux sont originaires des trois îles des Comores voisines. La population de Mayotte a été multipliée par 11 en 60 ans, atteignant 256 500 habitants en 2017. Pour lutter contre l’immigration clandestine, Annick Girardin a annoncé hier l’envoi immédiat d’un navire patrouilleur pour renforcer les capacités de surveillance en haute mer et d’interception des migrants. Elle a proposé que la maternité de Mamoudzou, la principale ville du département, soit dotée d’un statut d’extraterritorialité pour lutter contre « l’abus du droit du sol » (permettant aux enfants nés en France d’acquérir la nationalité).

Dans quelles conditions économiques vivent les habitants ?

Mayotte est le département français où le taux de chômage est le plus élevé, avec 26 % de la population active sans travail, contre 8,9 % au niveau national, selon l’Insee. Celui-ci est particulièrement important chez les jeunes de moins de 30 ans, de l’ordre de 43 % contre 16 % en métropole. Le nombre de personnes occupant un emploi a toutefois progressé pour revenir au niveau de 2009, grâce à la création de 3 500 emplois supplémentaires en 2017, en majorité dans le secteur public. 84 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon l’Insee. En 2014, trois Mahorais sur quatre de 15 ans ou plus n’avaient pas de diplôme. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme, autorité administrative indépendante, avait constaté l’an dernier dans un rapport un manque flagrant d’infrastructures scolaires obligeant certains établissements à pratiquer une rotation des élèves entre le matin et l’après-midi.